Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 Mars 2019
( Isaïe 58, 9b -14 – Luc 5,27-32 )
« On t’appellera : « Celui qui répare les brèches. »
J’imagine que le prophète Isaïe, suite à des guerres, avait déjà remarqué des brèches dans les murs de Jérusalem et qu’il y a vu une façon très concrète d’annoncer le Messie, c’est-à-dire Jésus, en disant : « On t’appellera : « Celui qui répare les brèches. »
La brèche la plus grave dans l’histoire de l’humanité, celle-là qui a entraîné toutes les autres, c’est celle qui nous est racontée dans le livre de la Genèse : la brèche entre Dieu et les humains (BRÈCHE VERTICALE) et la brèche entre les humains (BRÈCHE HORIZONTALE) eux-mêmes révélée dans l’histoire de Caïn.
Déjà, à ce moment-là, Dieu avait colmaté la brèche en mettant un signe protecteur sur la tête de Caïn pour que la spirale de la violence et de la haine n’éclate pas. Tout au long de l’histoire, Dieu a voulu colmater les brèches en multipliant les alliances.
Finalement, Dieu a envoyé son propre Fils pour réparer les brèches qui existent entre Dieu et les hommes (BRÈCHE VERTICALE) et entre les hommes eux-mêmes. (BRÈCHE HORIZONTALE)
On en a un bon exemple dans l’évangile d’aujourd’hui qui nous raconte l’histoire de Lévi.
Lévi était un collecteur d’impôt, un fils d’Abraham réduit à collaborer avec l’occupant romain, considéré comme un voleur en raison des commissions qu’il pouvait percevoir, un homme qui faisait pression sur les plus pauvres pour percevoir les impôts. Pas difficile de saisir comment un tel homme pouvait être détesté !
En nous disant que Lévi était assis à sa table d’impôt, Luc veut surtout nous signifier que sa vie spirituelle était à l’arrêt. Sa condition de vie, son travail l’avait conduit à abandonner sa vie spirituelle et même à s’imaginer qu’il ne la retrouverait jamais. C’est à cet homme « assis », détesté de tous, que Jésus dit simplement
« Suis-moi. » Abandonnant tout, l’homme se leva ; et il le suivait. »
Tout est dit dans ces quelques mots. Lévi n’est plus assis, il peut se lever. Il n’est plus un collecteur d’impôt, mais un homme qui retrouve sa dignité de fils d’Abraham. Il ne croyait plus à une vie spirituelle, Jésus lui redonne un sens à sa vie. Sa guérison commencée, il se met à suivre Jésus et devient son disciple. Vraiment, Jésus répare plusieurs brèches dans la vie de Lévi.
En Jésus, Dieu n’a jamais cessé de chercher à colmater les brèches du cœur humain, y compris le nôtre. Celui qui répare les brèches est toujours là pour colmater les fissures laissées dans nos cœurs par le péché des origines, de colmater les brèches que nous avons avec Dieu et les uns avec les autres. Il le fera d’une façon unique sur la croix en inaugurant une alliance nouvelle entre Dieu et les hommes, en démontrant un amour sans limites pour nous appeler à nous aimer les uns les autres.
Pendant ce temps du carême, en particulier, Dieu nous invite à être des « réparateurs de brèches » à la manière de Jésus.
Il nous incite à changer nos regards et nos habitudes envers nos frères et sœurs.
Il nous prie d’ouvrir nos oreilles et nos cœurs à tous les cris de misère de notre humanité.
Il ne nous demande pas d’accomplir des exploits, de poser des gestes de bravoure, d’être extrêmement généreux.
Il nous demande seulement de faire disparaître la parole méchante, le geste accusateur, l’imposition de joug, de combler les désirs des malheureux.
Déjà, dans notre vie quotidienne, si nous parlons positivement des autres, si nous chassons la calomnie et la médisance, si nous travaillons à construire la paix dans les petites choses, nous devenons des réparateurs de brèches à la manière de Jésus.
