Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 Janvier 2019
( Marc 6, 45-52 )
Je m’arrête à deux phrases de l’évangile.
La première :
« Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque. »
Il veut que ses disciples partent sans lui. On peut comprendre que si Jésus monte dans la barque avec les disciples, la foule qui ne veut pas le lâcher va recommencer à les suivre.
À ma connaissance, c’est la seule fois que Jésus oblige ses disciples.
S’il le fait, c’est qu’il y avait une autre raison beaucoup plus sérieuse. La multiplication des pains qui vient de se faire ; les disciples qui les ont distribués se sentent participants du miracle. Associés au climat de mystère qui entoure Jésus, ils ont acquis un certain prestige. Ils font figure de gens qui sont dans le secret. Ils auraient sans doute aimé demeurer sur place, au moins un peu, pour recevoir des félicitations et jouir de l’admiration des gens qui viennent d’être nourris.
Mais, « aussitôt », nous dit saint Marc, Jésus les oblige à partir sans tarder.
Pas question que ses disciples se laissent emporter par cette manifestation de puissance. Jésus lui-même s’y refuse.
La deuxième petite phrase que je retiens :
« Ils étaient au comble de la stupeur. »
Pauvres disciples ! Vraiment, ce n’est pas une bonne journée pour eux. Non seulement ils n’ont pas pu recevoir l’admiration des gens, mais ils se retrouvent dans une barque alors que les vents leur sont contraires. Ils ont beau ramer, la barque n’avance pas. En plus, il faut nuit.
Malgré la multiplication des pains, ils n’ont pas encore saisi qui est vraiment Jésus qui veut maintenant les amener plus loin. Jésus n’a pas été limité par la quantité de pains ; il ne sera pas limité par l’eau non plus. Il s’est montré Maître de la terre, il se montrera maintenant Maître de l’eau.
Quand Jésus marche vers ses disciples sur l’eau, ils croient voir un fantôme ; bouleversés, ils se mettent à crier.
Mais « Aussitôt, et leur dit : « Confiance! C’est moi, n’ayez pas peur! »
Mais il faut remarquer quelque chose de bien surprenant. Jésus monte dans la barque, le vent tombe, la barque touche terre. Tout ce qu’il faut pour que ses disciples retrouvent le calme. Pourtant, c’est à ce moment-là « qu’ils sont au comble de la stupeur. » Le peur cède la place à la stupeur.
Le pape Benoît XVI qui commentait cette stupeur parlait de cette crainte qui s’abat sur l’homme quand il se voit immédiatement confronté à la présence de Dieu lui-même.
On voyait la même chose à la fin d’une pêche miraculeuse ! Au lieu de témoigner sa reconnaissance au Seigneur pour tant de poissons, Pierre est saisi de crainte, se jette aux pieds de Jésus en disant : « Éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » C’est cette crainte de Dieu qui envahit les disciples quand la barque touche terre. En Jésus, ils reconnaissent Dieu lui-même.
S’adressant un jour aux prêtres, le pape Benoit XVI leur disait :
« quand vous prenez dans vos mains le corps du Christ, rappelez-vous l’attitude de stupeur et d’adoration qui a caractérisé la foi de Marie… Au moment de la consécration, conservez dans votre âme la capacité de vous étonner et d’adorer. » Ces recommandations aux prêtres sont bien valables pour nous aussi.
Ainsi, le pape Benoit XVI rappelait l’importance d’éprouver un sentiment de contemplation émerveillé,
presque de stupeur sacrée devant le mystère de Dieu qui se révèle et se donne à nous
dans toutes les richesses de l’Eucharistie.
