Mgr J-C. Dufour- 9 février 2020 – 5e dimanche ordinaire — Matthieu 5,13-16

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 9 février 2020 – 5e dimanche ordinaire — Matthieu 5,13-16

 

Après avoir proclamé le si beau message des béatitudes à ses disciples, Jésus leur fait une annonce étonnante : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. »  Je suis certain qu’ils n’en ont pas compris tout de suite la profondeur et la portée de cette annonce.

 

Que lui, Jésus, l’envoyé de Dieu, soit sel de la terre et lumière pour le monde, pas de problème avec ça, on y croit aisément.   Mais que nous, les disciples, nous soyons sel de la terre et lumière du monde et appelés à l’être toujours plus, c’est une affirmation qui nous apparaît trop forte et même exagérée. Pourtant, Jésus ne peut pas se tromper dans ce qu’il nous dit !   Ce qu’il est, il souhaite que nous le soyons aussi.

 

Dans le premier chapitre de son évangile, saint Jean nous dit que Jésus est lumière, cinq fois. « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde… En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ». Plus tard, Jésus dira : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12).

 

Jésus souhaite que nous soyons sel de la terre et lumière du monde, c’est clair. Mais qu’est-ce que ça veut dire, ça nous engage en quoi.   Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous invite à partager notre pain avec l’affamé, à accueillir chez nous le sans-abri, à donner des vêtements à ceux qui en manque. Et il tire la conclusion suivante : « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore… Ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. »

Dans la deuxième lecture, saint Paul n’utilise ni le mot « sel » ni celui de « lumière ».   Mais il nous raconte comment il a vécu et accompli la mission qui lui était confiée. On peut dire qu’il a été un merveilleux témoin du Christ et de son Évangile. En le faisant, il met sous nos yeux l’exemple de quelqu’un qui a répondu aux appels de Dieu. Conscient de sa faiblesse et de ses limites, il s’est laissé guider par la puissance de l’Esprit qui habitait en lui.    À la suite de Jésus, il a été, on ne peut le nier, sel de la terre et lumière du monde.

 

Au premier chapitre de son évangile, Saint Jean nous disait que Jean-Baptiste n’était pas la lumière, mais un témoin de la lumière.    Au 2e siècle, Diognète, probablement un administrateur romain en poste à Alexandrie, voulait des informations sur les chrétiens et sur leurs manières de vivre. Nous avons la lettre de celui qui lui répond. Il dit qu’extérieurement, les chrétiens ne se distinguent en rien des gens qui vivent autour d’eux. Ils ne portent pas de vêtements particuliers, ne parlent pas une langue inconnue, mangent comme tout le monde, payent leurs taxes et observent les lois de l’état comme le fait tout bon citoyen. Cela dit, continue l’auteur de la lettre, « ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte va bien au-delà de la loi… »  En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde.

 

Le message à retenir est clair : les disciples de Jésus sont sel de la terre… Ils sont lumière et âme du monde lorsqu’ils vivent selon la loi de l’Évangile, la loi de l’amour qui transforme les cœurs.   C’est ce qu’on voulait exprimer quand nous avons reçu, le jour de notre baptême, un cierge allumé au cierge pascal. Le prêtre disait : « avance dans la vie en enfants de lumière et demeure fidèle à la foi de leur baptême. »

 

On dit dans la première lecture : « Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : Me voici ».   Que ce soit notre prière aujourd’hui.   Puissions-nous mieux saisir r que le Seigneur est avec nous, qu’il est présent à la mission qu’il nous a confiée, qu’il nous donne d’être sel de la terre et lumière du monde de telle sorte que ceux et celles qui nous entourent reconnaissent en nous la présence de Dieu et lui rendent gloire.