Mgr J-C Dufour-9 février 2019-Marc6, 3-34

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 9 Février 2019

( Marc 6, 3-34 )

 

Les Apôtres reviennent de mission. Ils sont contents ; ils estiment qu’ils ont fait un bon travail. Ils sont heureux de la confiance que Jésus leur a faite. Jésus, remarquant qu’ils étaient fatigués, les invite à se retirer avec lui dans un lieu désert pour se reposer un peu. Alors, ils partent, tous ensemble, dans une barque, vers un lieu tranquille, loin de la foule.

 

Mais les gens les ont observés. Ils ont bien vu où ils s’en allaient et s’empressent d’y aller.
Aussi, en débarquant, au lieu de pouvoir se reposer, Jésus et les apôtres découvrent une foule de gens venus à pied de toute la région, des malades et des pauvres accourus pour être guéris ou soulagés, et aussi des hommes et des femmes arrivés rien que pour entendre Jésus leur parler du Royaume de Dieu.

En voyant ces milliers d’assoiffés, Jésus est saisi de compassion.
Ce qui le bouleverse surtout, c’est que ces pauvres gens n’ont personne pour les prendre en charge, personne pour les guider, personne pour prévoir leur bonheur et pour organiser leurs efforts, personne pour penser l’avenir avec eux. Il les voit tous, là sur le rivage, comme des brebis sans berger, avec, dans les yeux et dans le cœur, une immense espérance.

 

Jésus n’est pas sans se rappeler que les prophètes promettaient des pasteurs dignes de ce nom.
Le prophète Jérémie, par exemple, disait au nom de Dieu : « Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue — oracle du Seigneur. » (Jér 23,4)

 

Et Jésus se présente justement comme un bon pasteur.
Il commence par leur donner à ceux qui ont accouru la nourriture de sa parole : il leur parle du Père, de son amour, de sa volonté.
Et quand il constate que les gens sont fatigués et qu’ils ont faim, il les nourrit en multipliant les pains et les poissons.
Et alors, les disciples, au lieu de se reposer, doivent reprendre du service. Cinq mille hommes à nourrir sans compter les femmes et les enfants, ça veut dire un minimum de quatre cents personnes par Apôtre. Toute une journée !
Ils se croyaient en vacances et Jésus les remet au travail comme pour leur faire comprendre ses propres soucis de pasteur.

 

Ce matin, nous célébrons Sainte Marie, Mère de l’Église.
En préparant cette homélie, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que Marie était à l’image de son Fils. Devant une foule de gens mal-pris, elle aurait agi de la même manière que lui. Elle aurait pris soin de toutes ces pauvres personnes en quête d’espérance.
Ce n’est pour rien qu’à la fin de la 3e session du concile, le pape Paul VI déclare la Vierge Marie, « Mère de l’Église », c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu qui l’appelle « Mère très aimante ».

 

Jésus invitait ses Apôtres à se reposer. Ce ne sera pas un repos banal, une petite détente où on oublie tout souci et toute peine. Ce sera un repos avec lui, pour l’écouter et pour lui confier tout. C’est bien ce qui se passe dans la barque : ils sont à l’école de Jésus ; ils se reposent en l’écoutant ; ils continuent de lui raconter ce qu’ils ont enseigné et ce qu’ils ont fait.

 

L’Eucharistie qui nous rassemble est semblable à ce moment.
Comme les apôtres dans la barque, c’est un moment fraternel d’accueil de la parole, d’ouverture à la vie de Dieu, l’heure de lui confier ce qui nous préoccupe.
Et Jésus vient refaire nos forces, il vient nous nourrir du pain de Dieu comme la foule, mais ce ne sera pas long, bientôt il aura besoin de nos bras et de notre cœur.