Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 décembre 2018 – 2 dimanche de l’Avent « C » Luc 3, 1-6
Liturgie des Heures : semaine : II
« Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits ; les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu. »
Il y a tellement de montagnes à abaisser dans notre monde, de passages tortueux à redresser, de chemins rocailleux à aplanir dans nos vies, nos communautés, notre monde qu’on peut se demander s’il est possible de changer tout cela.
Le temps de l’Avent nous invite à espérer contre toute espérance, à mettre toute notre foi et notre confiance dans une promesse qui ouvre tous les possibles parce qu’elle s’appuie sur le Dieu de l’impossible.
Après le départ du jeune homme riche, Jésus avait dit à ses disciples qu’il était très difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Découragés, les disciples se demandaient s’il était possible d’être sauvé. Jésus leur avait répondu : « Pour les hommes, c’est impossible, mais rien n’est impossible à Dieu. »
Plus tard, avec la rentre de Zachée, un autre riche, les disciples verront que Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Ils comprendront que tout est possible à Dieu.[1]
Je pense aussi à l’histoire d’Anne qui, au temps du prophète Élie, était allée au Temple pour prier le Dieu de l’impossible de lui donner un fils. Non seulement Dieu lui a accordé un fils puisqu’elle en a eu trois autres et deux filles, elle qu’on disait “Stérile”.[2]
Lorsque l’ange annonce à Marie qu’elle sera la mère d’un enfant qui sera appelé le fils du Très-Haut, Marie se demande comment ça va se faire. Et l’ange lui révèle que sa cousine, Élisabeth qu’on appelait “la femme stérile” attendait elle aussi un enfant, et il conclut en disant : « Car rien n’est impossible à Dieu. »
Après la résurrection de Jésus, on sait comment les disciples étaient morts de peur et de tristesse. Ils s’étaient réfugiés dans une maison qui était devenue semblable à un autre tombeau fermé par une grosse pierre. Et voilà que ce qui paraissait impossible devient possible. L’Esprit de la Pentecôte les a complètement changés. Ils ont parcouru le monde pour raconter ce qui leur était arrivé. C’est venu jusqu’à nous.
Quand on regarde la situation de l’Église aujourd’hui, on pourrait bien conclure que c’est la fin de l’Église, qu’un retour à ses origines est impossible. Ce n’est pas la première fois qu’on l’imagine!
Aux 4e et 5e siècles, il y a eu l’invasion des barbares : les Wisigoths brûlent la ville de Rome et même la basilique du pape ; les Vandales assiègent la ville de saint Augustin ; les Uns déferlent sur l’Occident. Les chrétiens avaient toutes les raisons de croire à la fin de l’Église. Mais l’impossible arriva, les barbares se convertirent à l’évangile.
Qui aurait pu imaginer que saint François d’Assise serait l’inspirateur d’un nouveau type de vie religieuse ?
Qui aurait pu imaginer que les nouveaux pays fondés par les européens deviendraient les pays catholiques les plus populeux du monde ?
Qui aurait pu penser que l’enfant d’une famille juive poursuivie par les nazis, en 1940, deviendrait le cardinal de Paris en 1983 ?
Qui aurait pu imaginer, en 1958, qu’un pape âgé serait élu et qu’il aurait l’audace de convoquer un grand concile œcuménique ?
À plusieurs reprises au cours de l’histoire l’Église a semblé mourante.
Chaque fois, les chrétiens et les chrétiennes ont été invités à renouveler leur espérance comme c’est le cas pour nous aujourd’hui. Comme à d’autres moments difficiles de l’histoire, nous sommes invités à prier le maître de l’impossible :
le prier de faire mûrir ce qu’il a semé en nous,
le prier de croire à son agir dans nos cœurs,
le prier de nous donner le courage des apôtres,
le prier de nous consacrer à la croissance de l’Église,
le prier de maintenir vivante notre espérance.
Péguy disait de l’espérance qu’elle était une petite fille de rien du tout flanquée de ses deux grandes sœurs, la foi et la charité.
Pendant le temps de l’Avent, chaque soir et chaque matin, écoutons cette petite fille Espérance qui vient nous murmurer à l’oreille que :
« RIEN N’EST IMPOSSIBLE À DIEU. »
[1] Luc 19,10
[2] 1 Sam 1,1-21
