Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 avril 2020 – Mémoire de la Cène du Seigneur – Jean 13,1-15
Il est sobre, St-Jean. Il dit simplement : « Au cours du repas. » Jésus réunit ses amis autour d’une table, un lieu où on peut partager, communier aux mêmes idées, célébrer l’amitié et y puiser l’amour. Mais ce repas est bien spécial; c’est le repas de la Pâques que Jésus célébrait avec ses parents, un repas qui était signe de renouveau et de libération.
« Ce jour-là sera pour vous un mémorial. », nous disait la première lecture! En célébrant la Pâque au cours d’un repas, le peuple d’Israël faisait mémoire d’une longue histoire d’amour de Dieu avec l’humanité. Il se rappelait le premier geste d’amour de Dieu, la création! Son alliance avec Abraham, avec Moïse, avec le peuple qu’il avait choisi par amour. Il se rappelait comment Dieu avait libéré son peuple de l’esclavage en le faisant sortir d’Égypte. Ce n’était pas seulement un mémorial, mais aussi une annonce. En célébrant ce repas, il y avait une chaise vide, une coupe de vin remplie et la porte demeurée ouverte pour annoncer le retour d’Élie. Sans le savoir, c’était déjà une annonce du Christ, du messie annoncé, de l’Agneau de Dieu.
Pour Jésus, ce repas est bien particulier! St-Jean nous dit : « Avant la fête de Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’au bout. » Jésus a voulu faire comprendre à ses disciples que, désormais, c’était lui qui apportait le salut. Lui, la nouvelle Pâques! En lui, Dieu nous tendait la main comme il ne l’avait jamais fait auparavant. En lui, l’histoire d’amour de Dieu avec son peuple trouve son point culminant!
Nous sommes réunis, nous aussi ce soir, pour faire mémoire, c’est-à-dire pour rendre actuelle, vivante et agissante la présence de Jésus. Nous voulons nous rappeler comment Jésus a vécu! Ce qu’il a dit! Ce qu’il a fait! Comment Il a tendu la main aux pécheurs, partagé leur table, même si le geste scandalisait. Comment il nous rappelait que l’amour de Dieu, c’est l’amour du père qui aime l’enfant prodigue et son frère aîné! C’est l’amour qui pardonne à la femme adultère. « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » jusqu’à l’extrême de l’amour, jusqu’à la mort.
Saint Paul avait commencé à réprimander les Corinthiens au sujet de leur façon de prendre le repas du Seigneur, un repas qui semble les diviser au lieu de les unir, car certains s’empiffrent alors que d’autres demeurent sur leur faim. Alors il leur rappelle l’institution de l’eucharistie par le Seigneur, c’était la deuxième lecture. Il rappelle la demande du Seigneur de faire mémoire de lui en prenant son corps et en buvant son sang, de faire mémoire du Seigneur en continuant à vivre comme lui, par sa grâce.
Alors, on comprend que saint Jean, même s’il nous dit que ça se passait « au cours du repas », parle seulement du lavement des pieds, comme pour nous dire : « Si vous voulez comprendre l’Eucharistie, il faut d’abord comprendre le geste de Jésus qui lave les pieds de ses disciples! »
À un moment donné, au cours du repas, Jésus se lève de table, prend un tablier de serviteur et se met à laver les pieds des disciples. Ensuite, il dit : si vous voulez me ressembler, être mes disciples, vous allez faire comme moi, « vous laver les pieds les uns aux autres ».
J’ai donné ma vie, j’ai sacrifié ma vie pour vous faire comprendre que le rêve du Père est de vous voir rassemblés autour de la table, comme des frères et des sœurs. Faire mémoire de Jésus, c’est faire de notre vie un don comme quand on partage du pain entre amis.
Le repas que nous prenons n’est pas un banquet où nous nous installons pour longtemps, mais plutôt un repas de pèlerins pris dans l’espérance. Le Seigneur se donne à nous afin que nous ayons la force de faire comme lui, d’agit «pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Quand nous prenons son repas, nous nous laissons imprégner par son Esprit. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous faisons mémoire du rêve de Jésus, de rassembler ce qui est dispersé, nous essayons de le réaliser un peu plus chaque jour.
Je rappelle les paroles du pape François prononcées le dimanche des Rameaux : « Voici mon serviteur que je soutiens. Le Père a soutenu Jésus dans sa Passion, nous encourage nous aussi dans le service. Certes, aimer, prier, pardonner, prendre soin des autres, en famille comme dans la société, peut coûter. Cela peut sembler un chemin de croix. Mais le chemin du service est le chemin vainqueur, qui nous a sauvés et qui nous sauve la vie… Chers amis, regardez les vrais héros, qui apparaissent ces jours-ci : ce ne sont pas deux qui ont renommée, argent et succès, mais ceux qui se donnent eux-mêmes pour servir les autres… la vie est un don qui se reçoit en se donnant. Et parce que la joie la plus grande est de dire oui à l’amour, sans si et sans mais. Comme Jésus pour nous. »
Chaque fois que nous pouvons communier, rappelons-nous en tendant la main pour recevoir le corps du Christ, que nous devons aussi tendre la main à nos frères et à nos sœurs. C’est cela aussi faire mémoire de Jésus.
