Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 août 2019
( Matthieu 16, 24-28 )
Il y a quelques années, il y avait un petit refrain chanté qui revenait souvent « Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir. »
Presque un petit résumé de l’évangile d’aujourd’hui.
Jésus vient tout juste de demander à ses disciples qui il est pour eux. Et Pierre prenant la parole déclare : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16,16)
Autrement dit, je crois que tu es immortel, capable de nous délivrer pour qu’on puisse trouver le bonheur, que tu peux nous sauver du mal, de la douleur, sans peine et sans effort.
Ensuite, c’est l’évangile d’aujourd’hui, Jésus annonce à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir, être tué, et ressuscité le troisième jour. Alors « Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : “Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas.” (Mt 16,21-22)
Sommes-nous si différents de Pierre ?
On voudrait des couchers de soleil sans nuits, des printemps sans hiver, la paix, le bonheur et la liberté sans souffrance.
Souvent, on voudrait une foi pas trop dérangeante, une vie chrétienne facile, une pratique d’évangile pas trop « bousculante ». On trouve toute sorte de manèges pour nous cacher les passages d’évangile qui nous dérangent trop pour nous arrêter seulement à ceux qu’on peut mettre en pratique facilement.
Mais ce n’est pas comme ça que ça marche : la foi n’est jamais facile, elle n’est jamais routine. On ne peut pas être naïf au point de croire qu’on peut constamment être orienté vers la résurrection sans jamais rencontrer la croix. C’est ce que Jésus nous laisse entendre aujourd’hui.
Si le Christ nous avait dit que pour le suivre, il faudrait apprendre à faire des miracles, développer un grand talent de prédicateur, jeûner 40 jours et 40 nuits, on ne trouverait pas ça drôle. Il n’y aurait pas beaucoup de personnes qui pourraient le suivre.
Aujourd’hui, le Christ nous dit que, pour le suivre, il faut prendre notre croix.
On n’a pas à l’inventer, cette croix !
Chaque jour, nous faisons l’expérience de nos limites, de nos faiblesses. Ce sont elles nos croix, ce sont elles qui sont nos moyens de salut en les portant avec Celui qui est toujours avec nous.
Au temps de Jésus, la croix était le châtiment infligé aux révolutionnaires. Lors de la révolte de Judas, le Galiléen, Pilate avait fait crucifier 2000 révolutionnaires, des compatriotes de Jésus qui a dû voir de ces révolutionnaires crucifiés par Pilate.
Jésus est apparu lui aussi comme un révolutionnaire. Son message et sa conduite surprenante envers des laissés-pour-compte qui révélait un Dieu d’amour, faible et impuissant à cause de son amour, dérangeaient beaucoup les grands de son temps.
Quand on regarde les grands révolutionnaires qui au départ avaient souvent des motifs très nobles, on constate que souvent ils finissent par être des dictateurs.
C’est le contraire chez Jésus. Pour défendre sa vision d’un Dieu Père qui n’est qu’Amour, bonté et pardon, Jésus ne pouvait utiliser la force, ce qui aurait détruit son message. Il n’a voulu convaincre qu’avec la force de l’amour, ce qui l’a conduit à la croix.
Et puis, quand nous marchons derrière Jésus, quand nous apprenons à le suivre sur le chemin de l’amour et de la miséricorde, inévitablement, nous allons rencontrer des croix. Inévitablement l’amour entraîne des croix.
En faisant mémoire de la Passion de Jésus, de sa croix, nous faisons mémoire d’un amour sans limites, d’un amour qui ne cesse de nous rejoindre, rendons grâce au Seigneur, notre Dieu.
