Mgr J-C. Dufour-8 septembre 2019-23e dimanche ordinaire «C» Paul à Philémon 9b-10,12-17

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 8 septembre 2019 -23e dimanche ordinaire  «C» ( Paul à Philémon 9b-10,12-17 )

 Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine III

 

C’est rare que je m’arrête sur la 2e lecture le dimanche, mais aujourd’hui, je veux m’arrêter sur la lettre de saint Paul à Philémon, la lettre la plus courte de saint Paul, un seul chapitre.
C’est un petit billet personnel que le vieux Paul en prison envoie à un chrétien qui s’appelle Philémon, à son épouse Apphia, et à la petite communauté qui se rassemble dans leur maison. C’est une lettre émouvante où on sent la grande sensibilité de l’apôtre.
J’aime beaucoup cette petite lettre de saint Paul à Philémon. Je la trouve éclairante et toujours actuelle.

Le mot « communauté » est omniprésent dans notre monde.
On parle de communauté gatinoise, de communauté d’experts, de communauté métropolitaine, de communauté politique et de communauté chrétienne.
On peut se demander qu’est-ce qui caractérise une communauté chrétienne?
Qu’est-ce qu’elle a de particulier?
On pourrait bien écrire des thèses là-dessus mais le plus simple pour nous aujourd’hui, c’est de méditer sur la lettre de saint Paul à Philémon.

 

Saint Paul, dans sa lettre, fait référence à une situation très concrète. Philémon avait un esclave qui, après avoir volé son maître, s’était enfui à Rome. C’est là que cet esclave qui portait le nom d’Onésime fait la rencontre de Paul, ce qui l’amène à se convertir et devenir disciple de Jésus.

Philémon avait le droit de punir son esclave en fuit et en situation de délit; la loi le lui permettait.
Mais Paul invite Philémon à accueillir Onésime sans le punir, et plus encore, à l’accueillir comme un frère puisque lui aussi, Onésime, fait maintenant partie des disciples de Jésus, même à le recevoir comme un frère, puisque lui aussi, Onésime, fait maintenant partie des disciples de Jésus, d’une communauté chrétienne où les rapports de domination ou d’exclusion sont brisés et dépassés au nom de la foi en Jésus ressuscité. C’est significatif! Pour motiver son appel à Philémon, Paul fait appel à la fraternité chrétienne qui est la source d’un autre regard sur les êtres humains et d’une transformation des relations qui les unissent. Paul ne donne pas d’ordre à Philémon, mais il l’invite avec confiance à prendre les décisions qui sont appropriées en lui disant qu’Onésime est son enfant à qui il a donné la vie, qu’il est comme son cœur : « Accueille-le comme si c’était moi. »

 

Au début de l’Église, les nouveaux disciples venaient de toutes sortes de milieux, de différentes cultures, de différentes religions. Eux qui ont cru en Jésus se sont regroupés en communautés en vivant différemment leurs rapports sociaux. La foi les amenant à bâtir un nouveau modèle de communauté marqué par des liens fraternels, l’entr’aide matérielle, le soutien mutuel, le refus de la violence, du mépris, de l’idolâtrie, par un cheminement spirituel centré sur le Christ vivant

 

L’invitation que Paul fait à Philémon, il nous la fait à nous aussi.
Comme Philémon, nous sommes appelés à nous convertir en écoutant chacun et chacune pour soi l’invitation de Paul qui nous rappelle que nous sommes disciples du Christ, des croyants en Jésus ressuscité et que, par voie de conséquence, nous avons à nous accueillir avec indulgence, à bâtir une fraternité au nom de notre foi en Jésus-Christ. Ces relations qui doivent nous unir ne peuvent se baser sur la domination, l’exclusion mais sur la fraternité chrétienne en portant un nouveau regard sur les autres.

 

Nous vivons dans un monde où on voit un esprit de domination qui brise des vies humaines, dans un monde où l’anonymat et l’indifférence créent de l’isolement et du découragement, où la vengeance et le légalisme font régner la loi du plus foret. On vit dans ce monde! On est influencé par lui! On est porté à refléter les mêmes tendances.
On a quelque chose de bien particulier, de spécial à apporter à ce monde, la bonne Nouvelle d’une communauté chrétienne où l’esprit de domination d’anonymat, d’indifférence ne dominent pas et où les rapports de fraternité entre chacun et chacune existent en raison de notre foi en Jésus-Christ.

 

Le petit billet de Paul demeure vrai et questionne dans sa parole fraternelle, dans son souci du faible, dans sa confiance dans l’autre.
Et nous, où en sommes-nous?