Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 8 octobre 2018 – Jour de l’Action de grâce
( Jean 11,32-45 )
Vous comprenez sans doute que, pour préparer mes homélies, j’ai besoin de chercher des sources d’inspiration qui me nourrissent.
Pour ce matin, je me suis inspiré du témoignage d’une jeune convertie qui avait appris à rendre grâce. Elle disait que, quand on venait de se convertir, on disait souvent merci à Dieu pour tout ce qu’il nous donnait et qu’en grandissant spirituellement, notre cœur s’attachait plus au donateur qu’aux dons.
Elle trouvait sa raison de rendre grâce dans de mot de saint Paul dans la première lecture aujourd’hui :
« Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, RENDEZ GRÂCE EN TOUTE CIRCONSTANCE : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » (1 Thessaloniciens 5.18)
Ils sont forts les mots de saint Paul : « sans relâche… en toute circonstance », même quand ça va mal, même dans nos épreuves et nos attentes, nos échecs et nos souffrances. Saint Paul n’était pas sans savoir que ça pouvait être difficile pour les enfants de Dieu de rendre grâce en certaines occasions, mais il savait aussi que Jésus avait su rendre grâce dans des moments pénibles.
Un jour, par exemple, Jésus s’était rendu devant le tombeau de son ami Lazare mort depuis quatre jours. Marthe et Marie sont dans la peine, leurs amis aussi; Jésus lui-même est bouleversé et pleure lui aussi. À la grande surprise de tout le monde, il adresse une prière à son Père en rendant grâce :
« On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : «PÈRE, JE TE RENDS GRÂCE PARCE QUE TU M’AS EXAUCÉ. JE LE SAVAIS BIEN, MOI, QUE TU M’EXAUCES TOUJOURS ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » (Jean 11,41-42)
Il faut bien remarquer que c’est L’action de grâce qui a précédé le plus grand miracle de Jésus. Et c’’est après l’action de grâce que Jésus cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors », et le grand miracle s’est accompli. Jésus a voulu nous enseigner que l’action de grâces précède l’intervention de Dieu !
En donnant le sacrement des malades à S. Marie du Sacré-Cœur, hier après-midi, j’ai dit :
« C’est Toi, Seigneur, qui a béni cette Huile : nous te rendons grâce. »
Je reviens au témoignage de cette jeune convertie qui a appris à rendre grâce.
Quand on médite sur ce que Dieu a fait, dit-elle, une journée qui nous semblait bien banale nous apparaît alors sous un angle bien différent. Elle écrit :
« Un jour, le Seigneur me mit à cœur de prendre un temps à la fin de chaque journée pour le remercier concrètement, pas juste lui dire merci pour une belle journée, mais prendre le temps d’énumérer concrètement les raisons pour lesquelles je lui disais merci. J’ai trouvé ça un peu terre à terre, au début, mais ce fut un très bon exercice. Je crois que j’ai exercé mon âme à être plus reconnaissante. C’est une chose qui a transformé mes fins de journée parce que je m’endors avec en tête une des raisons pour laquelle j’ai remercié le Seigneur. »
Rendre grâce, c’est remporter une victoire sur le découragement, l’apitoiement sur soi, le doute, l’incrédulité.
Quand on prend le temps de nous rappeler des bontés de Dieu, on n’a pas de doute, on a l’assurance qu’il va agir encore dans les temps à venir.
Rendre grâce, c’est déclarer au monde que notre Dieu ne peut nous mentir, qu’il est un Père pour nous, un ami, un libérateur.
Rendre grâce, c’est avoir l’assurance de Jésus qui, devant le tombeau de Lazare prie en disant : « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours. »
Le soir de Pâques et comme la nuit approchait, les deux disciples que Jésus avait accompagné jusqu’à Emmaüs, l’invitèrent à prendre un repas avec eux, ce que Jésus a accepté.
« Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » (Luc 24,30-31
C’est par l’action de grâces que la puissance de Dieu s’est encore manifestée. Les yeux des deux disciples se sont ouverts, ils ont reconnu le ressuscité qui est disparu aussitôt. Les dernières paroles que ces deux disciples ont entendues de la bouche de Jésus furent des paroles de bénédiction, d’action de grâce.
Nous avons de multiple raisons de rendre grâce au Seigneur aujourd’hui :
pour le don de la vie, pour les biens dont il nous comble, pour les joies de l’été qui achève, pour le don des récoltes, pour les beautés de la création.
Rendons grâce au Seigneur dans cette Eucharistie car il est la source de tout bien.
