Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 8 janvier 2021 – 1e lettre de saint Jean5, 5-13
À la suite de cette homélie vous trouverez celle des Funérailles de notre S. Éliane Lavoie, sjm.
Je m’arrête aujourd’hui sur la première lettre de saint Jean qui veut soutenir et éclairer les chrétiens dans le combat de la foi. Il veut leur communiquer, et nous communiquer une certitude à savoir que nous les croyants nous possédons la vie éternelle. En son temps, il y avait des chrétiens qui étaient ébranlés par les hérétiques ou qui pouvaient l’être. Saint Jean veut les rendre pleinement conscients des richesses de leur foi. La première lecture de demain nous livrera en ce sens une belle profession de foi.
Je pense que ça fait toujours du bien d’entendre des phrases comme celles-ci : « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils », et à la fin de la lecture d’aujourd’hui, d’entendre le disciple que Jésus aimait nous dire encore : «Je vous ai écrit cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi dans le nom du Fils de Dieu »
En venant dans le monde, Jésus avait reçu une mission de son Père, celle de donner la vie éternelle, la donner à ceux et celles qui mettent leur confiance en lui. Quand saint Jean était là avec Marie au pied de la croix, et qu’il a entendu Jésus s’écrier à travers la douleur et l’agonie : « tout est accompli ». Il a compris que Jésus avait rempli sa mission, que celle-ci prenait fin sur la terre.
Qu’est-ce que c’est que cette vie éternelle ? C’est encore lui, saint Jean, qui nous le disait dans son évangile : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3) Le verbe « connaître » dans la Bible a un sens très fort. Ainsi, connaître quelqu’un, c’est entrer en relations personnelles avec lui, c’est exprimer la solidarité. La vie éternelle exige une profonde et intime relation avec Dieu, c’est entrer en alliance avec lui.
Il s’agit de donner, d’un don de soi. Jésus nous donne la vie éternelle quand il se donne lui-même dans les sacrements, Il se donne lui-même dans l’Eucharistie ce matin, il se donne corps et sang pour nous donner la vie en abondance, la vie qui n’a pas de fin, la vie éternelle.
Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 8 janvier 2021 – Job19, 23-27 – Luc2, 4,1-8
Homélie des Funérailles de notre S. Éliane Lavoie, sjm.
« Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant ».
« Je sais ! » Comme Job, Sœur Éliane était capable de le dire. « Je sais », pas besoin de preuves! C’est une affirmation tranquille, le résultat d’une grande confiance. Sœur Éliane pouvait dire « Je sais ! » comme quelqu’un capable de dire de Jésus : « Je sais que tu m’aimes ». Jésus lui-même d’ailleurs était capable d’une telle confiance en disant : « Je sais que mon Père est avec moi ». C’est une telle confiance nous rend solide comme du roc, qui nous rend capables d’affronter la peur et le danger.
En ces derniers temps, j’ai rencontré Sœur Éliane trois fois : une fois pour le sacrement du pardon, une fois pour le sacrement des malades, une dernière fois pour une bénédiction. Chaque fois, elle disait très simplement qu’elle avait eu une visite du Bon Dieu et elle le remerciait. Elle savait qu’elle allait mourir, et pourtant quelle sérénité, quelle paix! Pourquoi ? « Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant ».
Un rédempteur, c’est quelqu’un qui nous arrache à la nuit pour nous placer dans la lumière.
C’est quelqu’un qui nous remet debout quand que nous sommes effondrés.
C’est quelqu’un qui nous relève quand nous sommes écrasés.
C’est quelqu’un qui nous soutient quand nous vivons des temps difficiles.
C’est quelqu’un qui dégage le chemin afin qu’on puisse de nouveau avancer librement. « Je sais, moi, que mon libérateur est vivant ».
Je pense que Sœur Éliane avait cette foi et depuis longtemps. Elle songeait à la vie religieuse depuis son jeune âge. Elle se dévouait à toutes les œuvres de la paroisse, en particulier à la Congrégation des enfants de Marie. Le Centre catholique de l’Université d’Ottawa, où elle avait travaillé pendant 4 ans disait : « Sa conduite est exemplaire, les vertus admirées chez elle sont les vertus de base de la vie religieuse : grand amour du Bon Dieu, simplicité et humilité, égalité d’humeur, douceur et dévouement remarquable. »
Je disais tantôt qu’un rédempteur, c’est quelqu’un qui nous soutient quand nous vivons des temps difficiles. Sœur Éliane a travaillé à la réception plusieurs années. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle savait écouter attentivement. Je suis sûr que, parmi les personnes qu’elle accueillait, elle en a aidé plusieurs à se remettre debout. Elle a libéré à sa façon.
« Je sais, moi, que mon libérateur est vivant ».
C’est en lui que Sœur Éliane avait confiance. Ce rédempteur vivant, vous le savez bien, c’est le Christ qui a lutté contre l’angoisse au jardin des Oliviers, c’est lui qui a crié sa peur, mais en demeurant fidèle, en gardant sa confiance au Père qui l’a relevé au matin de Pâques, vivant. Il a vaincu la mort ; il a ouvert une brèche qui ne se refermera pas ; il a forcé le passage en nous libérant de la mort. À la suite de notre Rédempteur, de Jésus ressuscité, nous pourrons traverser la mort pour nous relever vivants avec lui.
Avec son rédempteur, Sœur Éliane a franchi la mort. Pour elle, c’est Pâques : elle a fait son exode. Elle a fait son passage de la mort à la vie.
Job disait : « de ma chair je verrai Dieu. Je le verrai, moi en personne, et si mes yeux le regardent, il ne sera plus un étranger. »
Aujourd’hui, Sœur Éliane se tient devant Dieu, debout, en pleine dignité. Sans crainte et sans honte. Simplement, comme une femme pleine de fragilité, de grandeur, pleine d’humanité.
Sœur Éliane savait que son Dieu ne serait plus un étranger. Il lui montre son visage, il lui ouvre tout grands ses bras comme un Père émerveillé de son enfant, de sa création. Et elle n’était pas sans savoir que Dieu se tournerait vers elle et qu’il se réjouirait de tout ce qu’elle a entrepris au cours de sa vie, de l’amour qu’elle a semé, des combats qu’elle a livrés en sa compagnie.
Aujourd’hui, nous sommes en deuil ! Pourtant Sœur Éliane fait de ce jour un jour plein d’espérance. Elle nous invite à ne pas la chercher parmi les morts, mais à la regarder vivante avec son Rédempteur, le Christ, qui est ressuscité.
