Mgr J-C. Dufour-8 avril 2019-Jean 8, 12-20

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 8 Avril 2019

 ( Jean 8, 12-20 )

 

Quand j’ai voulu préparer mon homélie, j’ai lu l’évangile. Pas facile à saisir ! J’étais déçu. Qu’est-ce que je peux dire dans mon homélie ?
Et puis, j’en suis venu à me dire que si je comprenais tout, je ne sentirais pas le besoin d’aller plus loin alors qu’on a toujours à aller plus loin. Finalement, j’en suis venu à me dire que c’était une chance et que ça rejoignait ce que saint Jean veut nous dire dans l’évangile, ce matin.

 

Tout à la fin de l’évangile, Jésus dit aux pharisiens « Si vous me connaissiez… »
Une façon de leur dire : « Vous pensez me connaître, mais vous ne me connaissez pas… »
Quand on prétend trop connaître quelqu’un, on court le risque de l’emprisonner, de le réduire à l’image qu’on se fait de lui sans imaginer qu’il puisse être différent.
Dans quelques jours, nous allons entrer dans la semaine sainte.
Qu’est-ce qui a poussé Jésus sur le chemin de sa passion ?
C’est la connaissance qu’on avait de lui. On l’a réduit à la connaissance qu’on avait de lui : un fils de charpentier qui se présente comme Dieu, ça n’a pas de sens, il mérite la mort. Quand on s’imagine connaître Jésus, on n’a pas besoin d’aller plus loin alors qu’on a toujours besoin d’aller plus loin.

 

Les disciples de Jésus n’étaient pas sans penser eux aussi qu’ils connaissaient bien Jésus. Ils ont des surprises.
Pensez, par exemple, à ces femmes qui le matin de Pâques entendent Jésus prononcer des paroles difficiles à comprendre pour elles : « Allez dire à mes disciples que je les précède en Galilée. » Elles sortent du tombeau, se mettent à courir. Tremblantes et bouleversées, elles ne disent rien à personne. Ce qui venait de leur arriver était tellement énorme, incroyable, qu’elles ne pouvaient mettre en paroles et communiquer ce qu’elles venaient de vivre.
Les disciples du Christ ont dû apprendre à le connaître un peu plus, ce qui n’est jamais terminé.

 

Saint Paul pensait bien connaître Jésus quand il s’en allait à Damas arrêter les chrétiens. En route, tombant de son cheval, il s’est rendu compte qu’il ne connaissait rien de celui qu’il persécutait. Continuer à apprendre qui est le Christ est une réalité qui l’a poursuivi toute sa vie. Il dira aux Philippiens : « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. » Poursuivant sa réflexion, il ajoutera : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant. » (Ph 3, 10, 13
Il avait compris qu’il fallait beaucoup de temps, et même une vie entière pour concevoir l’inconcevable.

 

Connaître Jésus, c’est l’entreprise de toute notre vie. On n’a jamais fini de connaître Jésus.
Il peut nous arriver de faire l’expérience des disciples d’Emmaüs. Jésus marche avec eux sans qu’ils le reconnaissent, mais aussitôt qu’ils reconnaissent Jésus pendant le repas, il échappe à leur regard, il disparaît.
Arrive un jour dans nos vies où nous prenons conscience que les images qu’on s’était faites du Bon Dieu ne conviennent plus. Alors on se met à chercher de nouveau et c’est très heureux. C’est même primordial.

 

Quand on pense qu’on connaît le Christ bien comme il faut, on s’arrête, on n’écoute plus, on empêche toute nouveauté, tout changement. Le mystère du Christ disparaît. On n’a pas besoin de marcher, pas besoin de grandir.
Vous ne me connaissez pas, disait Jésus. Il est en même temps Celui qui est le plus près de nous, et Celui qui, dans sa divinité, est à une distance incroyable.
Le cœur de notre vie de foi, ce sera toujours l’accueil de l’Autre avec un grand « A », un accueil qui est continuellement à refaire.