Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 octobre 2022 – Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire – Luc 1, 26-38
La fête de la Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire nous rappelle une grande victoire attribuée à la récitation du rosaire.
Ce mot « rosaire » vient du latin « Rosarium » qui désigne la guirlande de roses dont Marie est couronnée souvent dans les représentations.
Ce matin, dans l’évangile, nous sommes témoins d’un échange entre Dieu et une jeune fille nommée Marie. C’est toute l’œuvre du salut qui se manifeste dans cet événement.
II faut remarquer d’abord que c’est Dieu qui prend l’initiative du dialogue.
C’est lui qui envoie l’archange Gabriel à Marie.
C’est lui qui fait le premier pas.
C’est lui qui se dérange, qui se déplace pour venir quémander un « oui » auprès de sa créature.
C’est lui qui, de manière inattendue, fait irruption chez la jeune fille de son choix.
Je dis bien la jeune fille de son choix.
On le voit bien dans l’évangile : Gabriel présente à Marie le désir de Dieu de venir habiter chez les hommes. En saluant Marie, il la désigne comme celle que Dieu a comblée de grâce. Ce n’est donc pas la première fois que Dieu agit en Marie. Depuis sa naissance, Marie est toute entière objet de la miséricorde divine.
Alors on peut comprendre ce que Dieu avait dit au roi David qui se proposait de bâtir une maison au Seigneur.
Dieu lui avait répondu par la voix d’une prophète :
« Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est plutôt moi qui te construis ta maison ! »
On voit que la promesse faite au roi David se réalise.
C’est le Seigneur qui bâtit les maisons où il veut demeurer.
En comblant de grâce la jeune fille, Marie, Dieu s’est préparé une demeure digne de lui, une demeure que nul homme, par la meilleure volonté du monde, ne pouvait lui offrir.
Comme je le disais tantôt, c’est toute l’œuvre du salut qui se manifeste dans la rencontre de l’archange Gabriel et de Marie. Il n’est pas tellement étonnant que l’archange Gabriel et Marie soient étonnés l’un de l’autre.
L’archange Gabriel est émerveillé devant Marie; elle est belle, elle rayonne de la grâce de Dieu. Il dit à Marie :
« Tu as trouvé grâce auprès de Dieu ».
Sa parole nous fait penser à une parole du prophète Sophonie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! » (Sophonie 3,14)
ou à une autre du prophète Zacharie : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion; voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi – oracle du Seigneur. » (Zacharie, 2,14)
On peut comprendre que Marie aussi soit étonnée. Elle s’inquiète, elle s’interroge. C’est le trouble que quelqu’un ressent chaque fois que Dieu se fait proche.
Chaque fois que l’homme rencontre Dieu, son cœur est rempli de crainte et de fascination. Fascination devant Celui qui peut combler son désir; crainte devant le respect de Celui qui le dépasse. C’est un projet inouï qui résonne aux oreilles toutes étonnées de Marie : devenir la mère de Jésus, le fils de Dieu.
Il y a une autre crainte un peu surprenante, c’est celle de Dieu lui-même. On peut imaginer la crainte de Dieu qui tend la main à quelqu’un dont il respecte profondément la liberté. Ce respect du Seigneur nous dit la pauvreté et l’humilité de Celui qui demande et fait confiance à Marie.
Donne-nous, Seigneur,
d’être étonnés comme l’Archange Gabriel,
d’être étonnés comme Marie.
Donne-nous d’être remplis de crainte devant celui qui nous dépasse,
devant son respect de notre liberté,
devant l’humilité que tu manifestes à Marie
en lui demandant de collaborer de façon unique
au mystère de notre salut.
