Mgr J-C. Dufour-7 octobre 2018-27e Dimanche Ordinaire « B » Marc 10, 2-16

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 7 Octobre 2018 – 27e Dimanche Ordinaire « B »  ( Marc 10, 2-16 )

Liturgie des Heures : semaine : III

 

Il y a un gros danger qui nous guette en ce moment, c’est celui de nous imaginer que cet évangile-là concerne seulement les gens mariés. Regardons de plus près.

 

Un jour que j’étais à Rome, un italien nous propose de nous conduire en voiture, un soir, pour qu’on puisse visiter un centre de pastorale en voiture. Alors qu’on était en route, on tombe sur un feu rouge. Rien de surprenant ! Notre conducteur s’arrête, regarde à gauche et à droite, et passe sur le feu rouge. Tout étonnés, on lui dit : « Vous avez le droit d’agir comme ça à Rome ! » Sa réponse était tout aussi désarmante : « Ben voyons donc, il n’y a personne à gauche ni à droite ! Il faut se servir de sa tête, on peut passer, c’est le gros bon sens ! » Ce petit exemple nous enseigne qu’on peut donc avoir des attitudes bien différentes devant les lois.

 

On le voit dans l’évangile d’aujourd’hui. Au temps de Jésus, il y avait deux écoles de pensée par rapport au divorce : une école de tendance libérale et une autre, de tendance rigoriste. On peut penser tout de suite que les pharisiens viennent trouver Jésus pour y voir plus clair, mais non, c’est sa peau qu’ils veulent. Ils lui tendent un piège : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Si Jésus répond que ce n’est pas permis, on va l’accuser d’être contre la loi de Moïse, et s’il répond que c’est permis, ça voudra dire que son évangile n’apporte rien de neuf parce que c’est déjà permis. Au lieu de se laisser prendre dans le piège du légalisme d’entrer dans un débat juridique, Jésus les amène à un niveau beaucoup plus profond.

 

Le piège que les pharisiens tendent à Jésus est toujours présent chez nous. Parfois on nous interroge sur une loi de l’Église, sur une déclaration du pape, sur l’intervention d’un évêque. Ce n’est pas toujours pour y voir plus clair ! Parfois, c’est juste pour le plaisir de voir comment on va s’en sortir, et parfois aussi, c’est pour chercher à justifier des comportements plus on moins corrects.

 

On sait qu’il y a de nombreuses lois chez nous pour le respect de la personne, pour la protection de la jeunesse, pour les femmes, les couples, la famille. Tant mieux, il en faut. Mais elles ont des limites aussi, elles ne pourront jamais, à elles seules, garantir le respect des personnes, la réussite du mariage ou de la famille. Je dirais que les lois représentent le minimum vital pour une vie correcte en société, mais Jésus ne se contente jamais d’un minimum. Il ne cesse de nous ouvrir à de nouveaux horizons !

 

Les pharisiens parlent de Moïse, Jésus les ramène avant même le temps de Moïse, et pas seulement aux premiers jours de la création, mais au projet qui, dès le début, habite le cœur de Dieu. Non seulement Dieu nous a créés par amour, mais il nous a donné un cœur capable d’aimer. Il veut être en relation d’amour avec les hommes et les femmes de tout temps. Il met dans leur cœur le désir d’une alliance qui durera toujours. C’est ça le projet initial de Dieu : faire des hommes et des femmes remplis d’amour. Non seulement Jésus nous ramène au projet initial de Dieu, il se présente comme quelqu’un plus grand que Moïse, comme le Messie qui vient avec plein pouvoir divin pour restaurer la création dans l’ordre voulu par le créateur, refaire des hommes et des femmes à son image.

 

Jésus nous invite à méditer sur nos origines, sur la parole créatrice du début. On le sait, Dieu n’est pas un être seul ; Il est Père, Fils et Esprit ; il est vivante communion de personnes, famille de partage, amour en perpétuel échange. Il nous a créés à son image, pour l’amour, pour la communion, pour le partage.
Quel défi Jésus nous présente aujourd’hui ! Devenir de plus en plus à l’image de Dieu, vivre dans un esprit de communion ! C’est tout un projet communautaire sans cesse à bâtir et à répandre dans notre monde. Dieu n’a jamais cessé d’intervenir au cours de l’histoire pour que son projet d’amour se réalise. Aussi, il ne cesse de répandre son Esprit sur nous, pour nous y conduire et nous sanctifier dans tous les aspects de nos vies.

 

Ainsi, on peut dire que la recherche du bonheur et de l’amour dans les couples, dans les familles, dans les communautés, et partout dans notre monde rejoint le projet que Dieu avait au début de la création.
Le Seigneur compte sur nous pour faire rayonner la joie de l’amour autour de nous.