Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Novembre 2018
( Luc 14, 25-33 )
C’est bien clair ! Jésus ne s’est jamais présenté comme un bon vendeur en nous faisant voir tous les avantages qu’on aurait à le suivre.
Au contraire, il nous dit que, si on veut le suivre, il faut payer le prix. Nous devons donc faire preuve de sagesse et réfléchir avant de nous embarquer.
Saint Luc vient de nous dire que de grandes foules faisaient route avec Jésus pour toute sorte de raisons sans doute : on avait appris qu’il faisait des miracles, on était content de voir enfin quelqu’un qui pouvait argumenter avec les autorités, on aimait beaucoup l’écouter parler, et pour bien d’autres raisons encore sans doute.
À un moment donné, Jésus se tourne vers eux et fait une déclaration qui a dû avoir l’effet d’une bombe, qui aurait dû faire fuir tout le monde, même les plus enthousiastes :
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »
Curieusement, personne ne le quitte.
Curieusement encore, les chefs religieux qui avaient une belle occasion de le critiquer n’en font rien.
Pourquoi ?
Ils avaient très bien saisi ce que Jésus voulait leur dire. Derrière ces mots très forts, ils comprenaient que Jésus les appelait à aimer Dieu par-dessus tout, au point que tout le reste devenait tellement secondaire qu’on donnait l’impression de ne lui préférer personne d’autre.
Votre amour pour Dieu doit être si grand, leur dit Jésus, que vous ne pouvez pas lui préférer quelqu’un, même pas ceux ou celles que vous devez naturellement aimer.
Pour bien saisir ce que Jésus nous dit dans l’évangile, il faut le regarder, lui en premier ; il faut le contempler. Toute sa vie a été marquée par un amour profond à notre endroit. S’il nous demande de l’aimer par-dessus tout, c’est parce que lui, le premier, nous a aimés. Il nous a fait la grâce de nous préférer à tout.
Dans la petite parabole du monsieur qui veut bâtir une tour comme dans celle du roi qui veut partir en guerre, Jésus nous invite à être sages c’est-à-dire à nous attacher à lui de tout cœur. Cette invitation à le suivre pourrait bien nous apparaître comme une croix à porter, comme un chemin de renoncement. Jésus, au contraire, nous présente son invitation comme un chemin d’accomplissement. Il n’enlève rien, au contraire il donne au centuple :
« Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. » (Matthieu 19,29)
Il ne faut pas seulement voir l’avenir dans ces mots de Jésus, mais le présent.
En célébrant l’eucharistie, nous faisons mémoire de Jésus, on repasse toute la vie de Jésus, on se rappelle qu’il nous a préférés à tout. En nous offrant son corps et son sang, on réalise qu’il fait tout pour notre salut comme saint Paul vient de nous le dire dans la première lecture : « CAR C’EST DIEU QUI AGIT pour produire en vous la volonté et l’action, SELON SON PROJET BIENVEILLANT. »
