Mgr J-C. Dufour – 7 mars 2021 – 3e dimanche du Carême – Jean2, 13-25

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 7 mars 2021 – 3e dimanche du Carême – Jean2, 13-25

 

Depuis trois ans, Jésus circule sur la route de la Galilée et de la Judée!  Aujourd’hui, quelques jours seulement avant son arrestation, il chasse les vendeurs du Temple.  On s’empresse de lui demander un signe qui pourrait justifier ce qu’il fait. Pourtant, pendant trois ans,  Jésus en a donné beaucoup de signes!  Il a fait entendre des sourds, parler des muets, marcher des paralysés; il a guéri des lépreux:  autant de gestes étonnants.  Il y a beaucoup de choses qu’on peut dire au sujet de ces gestes.

 

On ne peut pas dire d’abord que Jésus a accordé une grande importance à ces gestes merveilleux:   accueillir une pécheresse, prendre un enfant dans ses bras, admirer la foi d’un centurion romain, ça avait autant d’importance que guérir un malade ou ou faire entendre un sourd.

 

On peut dire aussi que Jésus n’a jamais voulu donner des signes extraordinaires pour attirer l’attention sur lui.  D’ailleurs, chaque fois  qu’on l’a mis en demeure de prouver qu’il était bel et bien le messie,  Jésus a refusé de s’exécuter.

 

Quand Jésus  accomplissait des gestes extraordinaires, c’est quand son cœur était saisi par la pitié, par la détresse des personnes qu’il rencon­trait.  Autrement dit, c’était à cause de son amour,  son amour fou de Dieu et son amour fou des personnes.

 

Ça fait donc presque trois ans que Jésus circule sur les routes de son pays.  Il s’est manifesté comme quelqu’un qui cherchait en tout à faire la volonté de son Père; et il a manifesté clairement par ses paroles et ses gestes qu’il vivait dans l’inti­mité de Dieu, qu’il avait un cœur habité par l’amour de Dieu.  Mais ç’était loin de paraître suffisant aux gens de son temps qui réclamaient plus de signes,  qui voulaient avoir la preuve que c’était bien lui le messie promis.

 

Dans l’évangile, ce matin, on demande à Jésus : « Quel signe peut-tu nous donner pour agir ainsi? » Lors de la multiplication des pains, alors que Jésus vient de nourrir une foule de 5000 personnes, on lui dire encore : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? »

 

Je ne suis pas sûr qu’on soit si différents des Juifs du temps de Jésus.  On est avide de signes extraordinaires, merveilleux:  la messe célébrée par le pape nous apparaît bien meilleure que celle d’un pauvre curé, la célébration dans un beau temple bien plus vraie que celle dans un gymnase d’école. Souvent on donne la priorité aux apparences;  elles semblent avoir plus d’importance que ce qui se passe dans le cœur.

 

Jésus nous invite bien plus à voir en lui quelqu’un qui cherche à faire la volonté de Dieu.  Il nous dit que ce qui compte, pour nous autres, ce n’est pas de faire des gestes d’éclats mais de chercher comme lui à faire la volonté de Dieu.  C’est ce qu’il nous invite à admirer chez les autres aussi:  le souci de vivre de l’évangile au jour le jour,  le souci de vivre simplement en fils et filles de Dieu.  C’est ça qui est d’abord extraordinaires.

 

 

Jésus a toujours conduit ses disciples par le chemin d’une foi dépouillée.  Il est toujours resté auprès d’eux comme le pauvre charpentier de Nazareth, affronté comme eux à la pauvreté, la fatigue, l’angoisse, la souffrance et la mort.  Même sa résurrec­tion a été entourée de discrétion; ce n’est pas dans le rayonnement de la gloire qu’il s’est montré mais avec les mains et les pieds blessés et le côté ouvert.

 

Nous sommes invités aujourd’hui à faire confiance, dans le silence et dans la modestie de la foi.  Que Dieu ait pensé une croix pour son envoyé, ce n’est pas très brillant.  Le simple bon sens aurait voulu qu’on pense à un philosophe, au langage savant.  On pouvait même rêver mieux:  un homme fort, capable d’imposer la paix au monde.  Mais non, Dieu a misé sur des pêcheurs pour faire l’Église, Il a choisi de se faire faible avec les faibles.  Ce n’est pas si fou que ça parce que c’est le choix de Dieu et que son choix s’enracine dans un amour fou pour l’humanité.