Mgr J-C. Dufour- 7 juin 2020 – La Sainte Trinité – Jean 3,16-18

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 7 juin 2020 – La Sainte Trinité – Jean 3,16-18

 

Je suis toujours étonné de voir des personnes qui ont une peur profonde de Dieu. Parfois, j’ai même l’impression que ça augmente. Parfois, j’essaie de libérer de cette peur, mais on me répond toujours « Ce n’est pas de ma faute, j’ai été élevé comme ça, c’est en dedans ». C’est difficile de changer l’image qu’on se fait de Dieu.

On vit une expérience différente avec les personnes. Combien de fois, après avoir rencontré quelqu’un pour la première fois, on s’est fait une idée, une image, une impression ! Mais souvent, après avoir rencontré la même personne plusieurs fois, on se rend compte comment était fausse notre image de départ, que cette personne qu’on avait jugée n’est pas du tout ce qu’on avait imaginé au départ. Si on est prêt à modifier les perceptions qu’on a de quelqu’un, on ne peut pas dire qu’on est prêt à le faire avec Dieu. Pourtant, c’est ce à quoi nous invite l’évangile d’aujourd’hui.

Nicodème était venu de nuit s’entretenir avec Jésus. C’était un homme sage, un maître en Israël qui connaissait très bien les Écritures. Sûrement qu’il pouvait citer un tas de texte biblique par cœur. Il a entendu parler de Jésus. Plus, il a probable­ment entendu parler Jésus. Il a peut-être été témoin d’un miracle. En tout cas, il en savait assez pour dire à Jésus : « Personne ne peut faire le signe que tu fais si Dieu n’est pas avec lui… Tu es un Maître qui vient la part de Dieu ». À la place de Jésus, il me semble que j’aurais été content d’un témoignage comme ça : au milieu des doutes, des oppositions, des incrédulités qu’il rencontrait, enfin il y avait quelqu’un qui portait un témoignage, et pas n’importe qui, un pharisien, un homme qui avait beaucoup d’influence.

Mais Jésus dit à Nicodème : « tu te fais une image trop petite de moi, peu audacieuse de Dieu ! Tu demeures sur une première impression ! tu as besoin de renaître d’en haut ! tu as besoin d’accueillir, de recevoir d’en haut, une vision plus profonde de Dieu, des rapports que nous pouvons avoir avec lui. »

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »

En ce dimanche de la Sainte Trinité, il me semble qu’une des in­vitations importantes qui nous est faite est de ne pas nous blo­quer dans nos images de Dieu, de nous dire, par exemple, « la Trini­té, il n’y a rien à comprendre là-dedans ! C’est un mystère incom­préhensible, il n’y a rien à faire », mais de rester ouvert, ac­cueillant à ce que Dieu nous dit de lui-même, de le rece­voir d’en haut, d’être à l’écoute de l’Esprit-Saint qui est en nous.

Est-ce que nous saurons aujourd’hui accueillir ce que Dieu nous dit de lui-même à travers les mots qu’on trouvait dans les textes : « grâce, tendresse, fidélité, amour, paix, communion, miséricorde. »  Est-ce que nous saurons nous ouvrir à d’autres images de Dieu qu’on peut voir dans les verbes : « donner, pardonner, sauver » ? « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

La conclusion de la deuxième lecture qui est souvent la salutation du célébrant à la messe était aussi toute une in­vitation à nous ouvrir à une révélation de Dieu bien diffé­rente peut-être des images que nous nous faisons de lui.

– La grâce de Jésus Notre Seigneur : c’est-à-dire la beauté, l’éclat de Jésus, toute sa tendresse quand il nous parle du Père.

– L’amour de Dieu le Père : c’est-à-dire le don gratuit de Dieu dans son Fils unique qui a pris notre chair, notre condition humaine, qui nous a aimés jusqu’à la mourir sur une croix.

– La communion de l’Esprit-Saint : c’est dire l’Esprit qui transmet, qui communique, qui fait rayonner l’amour de Dieu, qui fait par­ticiper les chrétiens et les chrétiennes à l’amour qui existe en Dieu.

Quand on fête la Sainte Trinité, on a souvent tendance à montrer les caractéristiques propres à chacun, le Père est qui créateur, le Fils qui s’est incarné et l’Esprit qui est souffle. Heureusement, les textes d’aujourd’hui nous permettent de contempler un Dieu UN. N’osons jamais dire que le Père est loin et que le Fils est proche. Ils sont inséparables. Et que dire de l’Esprit, lui qui habite au plus intime de notre être ? Il est avec le Père et le Fils, l’élan même qui nous permet de marcher.

Au cours de notre célébration, demandons au Seigneur de nous faire renaître d’en haut. Rappelons-nous que nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. À nous de reconnaître que Dieu est notre Père, que Jésus est notre Frère, puisque nous sommes devenus nous aussi des enfants de Dieu. À nous de vivre de l’Esprit de Jésus, d’em­prun­ter le chemin que le Christ nous a montré, le chemin de la com­munion, le chemin de l’amour, de la paix, le seul qui conduit au Père. La fête de la Sainte Trinité, la fête d’un Dieu qui est UN est une invitation à vivre dans l’unité, comme des frères et sœurs. C’est une façon de dire au Seigneur que nous voulons collaborer à son projet d’amour pour le salut du monde.

 

Je vous souhaite un

BON DÉMÉNAGEMENT !