Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Décembre 2018
( Matthieu 9, 27-31 )
Après avoir guéri la petite fille d’un notable, Jésus s’en retournait à la maison qu’il occupait avec ses premiers disciples. En chemin, deux aveugles l’ont suivi en criant « Aie pitié de nous, fils de David ! » Ce que Jésus venait de faire pour la petite, il le ferait bien pour eux. C’était la prière de la dernière chance pour eux. Ils suivaient Jésus dans le noir et en trébuchant sans doute, se faisant conduire par d’autres probablement. Finalement, ils ont rejoint Jésus à la maison. C’était ce jour-là ou jamais. « Aie pitié de nous, fils de David ! » C’est étonnant de voir les deux aveugles appeler Jésus « Fils de David ». Pour les Juifs, le « Fils de David », c’est le Christ, le Messie. En criant ainsi, les deux aveugles témoignent que la puissance de guérison de Jésus vient de Dieu.
Avant-hier, dans l’évangile, Matthieu écrivait :
« De grandes foules s’approchèrent de lui, avec des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres encore ; on les déposa à ses pieds et il les guérit. Alors la foule était dans l’admiration en voyant des muets qui parlaient, des estropiés rétablis, des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient ; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. » (Mt 15,30-31)
On reconnaît là la vision prophétique d’Isaïe dans la première lecture.
Il annonce que les aveugles vont sortir de l’obscurité, que les sourds vont entendre les paroles du livre, que les humbles se réjouiront et que les malheureux exulteront. Pour le prophète, tout ça va se réaliser avec l’arrivée du Messie. Celui qui vient fera des prodiges pour bien montrer qu’il est le Messie, parce qu’on ne peut pas être le Messie si on n’est pas sauveur ou libérateur.
C’est ce que fait Jésus. Il agit pour qu’on puisse bien l’identifier comme Messie.
On le voit à plusieurs reprises dans l’évangile, Jésus libère trois sortes de personnes qui ont besoin d’être libérées de leur captivité : les aveugles, les sourds et les boiteux. Pour les gens à l’époque, ces gestes étaient reliés au Messie.
Pourtant, en même temps qu’il pose ces gestes, Jésus demande aux deux aveugles de se taire. Il ne veut pas qu’on voie en lui un Messie guerrier, un Messie qui vient pour remporter une victoire et régner.
Il était normal de donner au Messie le nom de Jésus.
On se souvient des paroles de l’Ange à Joseph : « elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1,21)
Jésus vient pour sauver, pour libérer, mais il ne le fera pas par la force, mais dans l’humilité et la souffrance. Il veut venir en Agneau pour être immolé en faveur de tous. Ensuite, il manifestera son salut en tant que roi et vainqueur.
Ils avaient exprimé leur foi dans le « Fils de David », ils ont été guéris. Leurs yeux s’ouvrirent à cause de leur foi. « Une fois sortis, ils parlèrent de lui dans toute la région. »
Ces deux aveugles viennent nous apprendre que ce n’est pas la lumière qui force la foi, mais notre foi qui laisse entrer la lumière.
