Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Avril 2019 – 5e Dimanche du Carême ( Jean 8, 1-11 )
Liturgie des Heures : 5e Semaine du Carême
« Jésus s’était baissé, et du doigt, il écrivait sur la terre… » (Jn 8,6)
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Jésus, du doigt, s’est mis à écrire sur la terre ?
Est-ce qu’il voulait passer le temps comme on fait quand on griffonne sur du papier pendant une réunion ?
Est-ce qu’il voulait faire comprendre aux scribes et aux pharisiens de le laisser tranquille parce qu’il était bien fatigué des pièges qu’ils lui posaient ?
Il faut sûrement chercher une réponse ailleurs !
Ce n’était pas le moment de passer le temps ni de prier qu’on le laisse en paix. C’est la vie d’une femme qui est en jeu.
On peut se poser une deuxième question. Vous êtes-vous déjà demandé ce que Jésus pouvait bien écrire sur la terre ?
On a imaginé toute sorte de choses ; on a dit que le vent avait effacé la plus belle lettre d’amour qui n’ait jamais été écrite, mais on ne le saura jamais.
En amenant à Jésus une femme prise en situation d’adultère, les scribes et les pharisiens disent à Jésus : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. »
C’est à ce moment-là que Jésus se baisse, et du doigt, écrit sur la terre. En le faisant, Jésus pose un geste prophétique. Voici pourquoi.
Cette expression « écrire du doigt », on la trouve deux fois dans l’Ancien Testament, et les deux fois, c’est justement en rapport avec la Loi.
La première fois, c’est dans le livre de l’Exode où on peut lire :
« Quand le Seigneur eut fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, il lui donna les deux tables du Témoignage, les tables de pierre écrites du doigt de Dieu. » (Exode 31,18)
Déjà les prophètes Jérémie et Ézéchiel annonçaient une nouvelle loi, une loi intérieure en disant :
« Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur » (Jr 31,33, Ez 36,26-27)
Jésus ne vient pas écrire du doigt sur des tables de pierre, mais écrire une loi nouvelle sur nos cœurs.
On a dit que Jésus, en se baissant, écrivait nos péchés sur la terre.
Ce ne sont pas des péchés que Jésus écrivait sur le sable, mais son pardon sur nos cœurs pour qu’il y demeure à jamais. Tout cet évangile nous le dit.
La deuxième fois que Dieu écrit du doigt, c’est dans le livre du Deutéronome où Moïse raconte :
« Yahvé m’avait donné les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu, selon les paroles qu’il vous avait dites du milieu du feu, sur la montagne, au jour de l’Assemblée. » (Dt 9,10)
Jésus ne parle plus du milieu du feu, mais dans le silence qu’il oppose à ceux qui multiplient les accusations.
Pourquoi ce silence ?
Pour laisser à chacun le soin de répondre. Respectueux, celui qui incarne la miséricorde, ne veut humilier personne, mettre qui que ce soit dans l’embarras, pas plus les scribes et les pharisiens que la femme adultère.
Son silence est là pour permettre à chacun de faire un bout de chemin. Il veut permettre à tous ceux qui sont là de découvrir le visage d’un Dieu de miséricorde.
En se baissant par deux fois, Jésus ne renie rien de la Loi ni de la grandeur de Dieu, mais il va chercher cette femme au plus bas pour lui sauver la vie comme un frère. Quand elle fut conduite à lui, il baissa les yeux pour ne pas la blesser, même du regard.
Mais, après lui avoir pardonné, il leva les yeux vers elle et alors elle comprit que le Christ voyait en elle une grandeur et une dignité que le péché ne peut détruire.
Il se baisse. Comment ne pas relier cette scène aux mots que saint Paul adressait aux Philippiens :
« Ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers. » (Ph 2,6-10)
Après avoir réfléchi, les accusateurs quittent la scène.
La femme ne sera pas lapidée, mais sauvée. En faisant miséricorde à cette femme, Jésus lui fait vivre une expérience de résurrection.
C’est l’expérience que Jésus veut nous faire vivre.
Plus encore, je crois que cet évangile nous invite à regarder dans la même direction que Jésus, en direction de la miséricorde et de la charité.
Une belle manière de faire vivre la résurrection à ceux et celles qui nous entourent.
