Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Août 2019
(Matthieu 15, 21-28)
Jésus qui vient de subir toute une série d’attaques de la part des Pharisiens et des scribes, se retire dans la région de Tyr et de Sidon, en territoire païen.
Fatigué de ces discussions stériles, il s’en va à l’étranger pour se reposer un peu sans doute. Il traverse la frontière pour se mettre à l’écart parce qu’il commence à être trop connu en Israël, mais il semble bien qu’il est déjà connu là aussi.
Une Cananéenne s’approche de lui en criant pour lui demander de prendre pitié de sa fille tourmentée par un démon.
Au début, Jésus a l’air de refuser son aide puisqu’il ne lui répond même pas, pourtant cette rencontre l’amène à reconnaître avec admiration la grande foi de cette femme qui ressemble beaucoup au centurion romain, païen lui aussi, qui était venu lui demander la guérison de son serviteur.
Une fois de plus, Jésus semble vouloir nous faire comprendre que ce qui compte le plus, ce n’est pas d’appartenir au peuple élu, mais d’avoir foi et confiance en Dieu.
Il n’avait pas fait de miracle dans son village à cause de leur manque de foi.
À Pierre qui s’enfonçait dans les eaux, il dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Aujourd’hui, c’est à une étrangère qu’il dit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux. » Une parole qui ressemble à celle qu’il avait dite du centurion romain : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. »
Chaque fois qu’il avait des discussions avec les Pharisiens et les scribes, Jésus avait le haut du pavé, c’est lui qui avait le meilleur, mais, pour une seule fois dans l’évangile, il doit s’avouer vaincu devant la détermination, l’humilité et la foi de cette pauvre femme qui criait « au secours. »
Jésus ne mettait pas de frontières entre les personnes.
On n’a qu’à relire la parabole du bon Samaritain, de son repas avec les publicains, de sa visite chez Zachée, de l’épisode de la femme adultère, de ses gestes en faveur des lépreux, de sa rencontre avec la Samaritaine, de ses paroles rassurantes au voleur crucifié avec lui.
Tout l’évangile, il faut le noter, nous enseigne qu’il n’y a aucune discrimination chez Jésus.
C’est connu que Matthieu a écrit son évangile pour une communauté composée de Juifs devenus chrétiens qui se questionnaient sur le genre de relations qu’ils devaient avoir avec ceux et celles qui n’appartenaient pas au peuple choisi.
La rencontre de Jésus avec la Cananéenne a dû être une leçon extraordinaire pour ses disciples et pour les juifs qui étaient témoins de la scène.
Reconnaissons-le ! Belle leçon pour nous aussi !
Abraham Lincoln, alors président des États-Unis, qui était un homme de grande foi écrivait : « Ne dites jamais que Dieu est de votre côté. Priez plutôt pour être du côté de Dieu. »
L’évangile de ce matin est un appel à voir tous les êtres humains comme des frères et des sœurs.
L’admiration de Jésus pour cette pauvre femme nous invite à réfléchir sur les attitudes que nous avons envers ceux et celles qui sont différents de nous.
