Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 novembre 2019
(Luc 14, 25-33)
Ce n’est pas un Évangile facile. Les exigences de Jésus nous apparaissent tellement grosses et exorbitantes que notre première réaction est de chercher à l’adoucir. Peut-être que Jésus, par exemple, a délibérément exagéré pour réveiller les endormis, les tièdes! Peut-être aussi qu’on s’imagine que Jésus s’adresse juste à quelques personnes en particulier, comme aux Apôtres qui avaient déjà laissé leurs familles, leur biens et leurs professions pour le suivre. St-Luc s’empresse de nous détromper quand il nous dit: « De grandes foules faisaient route avec Jésus; il se retourne et leur dit: … » Jésus s’adresse à de grandes foules! » C’est bien clair que Jésus s’adresse à tout le monde.
Souvent les petits enfants vont dire à leur père « je t’aime gros » et à leur mère « Je t’aime gros gros » pour signifier un peu plus. Ce que Jésus nous dit dans l’Évangile, ce n’est pas qu’il faut l’aimer un peu plus, un peu plus que les autres, un peu plus que nous-mêmes ou plus que nos biens. Ce qu’il nous demande, c’est de l’aimer totalement, de le suivre de tout notre être, de nous attacher à lui d’une manière inconditionnelle, de nous libérer de tout ce qui risque de paralyser notre cœur, de ne devenir esclave d’aucune affection, d’aucun désir.
Vous savez, il y a deux façons de regarder cet Évangile: la première c’est de le voir comme un fardeau de 500 livres de plus sur nos épaules; la deuxième, c’est de le découvrir comme un appel au dépassement, comme une invitation à aller toujours plus loin, une manière de regarder vers l’avenir, vers le Royaume
Ce n’est pas pour rien que l’Évangile se termine par deux petites paraboles. Jésus nous invite à nous asseoir pour le reconnaître, lui, comme le Fils de Dieu, comme celui qu’on peut préférer à tout parce que c’est lui qui est à la source de tous nos amours. Prendre le temps de le reconnaître comme le Fils de Dieu qui nous invite à porter notre croix, parce qu’il fait déjà briller sur nous la lumière de sa résurrection. Prendre le temps de le reconnaître comme le Fils de Dieu qui nous invite à renoncer à tout, parce que c’est lui seulement qui peut nous combler au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Prendre de temps de s’asseoir pour le reconnaître comme notre Sauveur, comme celui qui peut nous aider à nous libérer pour nous permettre de le suivre librement
Pendant cette messe, j’ai bien le goût de prier le Christ pour qu’il vienne nous libérer de tout ce qui nous empêche de le suivre, pour nous rendre libre de marcher à sa suite. Vous avez remarqué qu’il y avait une comparaison avec un roi qui part en guerre, ce n’est pas pour rien, parce que celui qui se libère pour le service de l’Évangile est en réalité un roi, et que Dieu, un jour, le traitera d’une manière royale.
