Mgr J-C. Dufour – 6 mars 2021 – Luc15, 1-3.11-31

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 6 mars 2021 – Luc15, 1-3.11-31

 

Alors qu’on disait de cet évangile qu’il était l’évangile de l’enfant prodigue, j’ai prêché sur le plus jeune fils qui avait gaspillé son héritage.  Plus tard, j’ai découvert que c’était vraiment le père qui était prodigue, alors j’ai prêché sur le Père, celui qui était vraiment prodigue.   Mais, ce matin j’ai l’intention ce matin d’apporter mon attention sur le plus vieux des deux.

 

Quand le fils aîné arrive à la maison, qu’il entend la musique et les danses, il s’informe et on lui dit que son jeune frère est revenu, que son Père lui a fait une fête, et « Il se mit en colère et refusa d’entrer ».

 

Il peut arriver qu’on ressemble à ce frère aîné.  Nous refusons d’accueillir l’autre dans sa misère lorsque nous prenons le temps de nous rappeler ses anciennes fautes alors même qu’il a demandé pardon et qu’il a changé de vie.   Pas exemple, serions-nous capables d’accueillir quelqu’un en sachant qu’il a déjà fait de la prison ?

 

C’est vraiment curieux ! Combien de foi n’avons-nous pas souffert nous-mêmes des jugements et des regards des autres sur nous ? Combien de fois n’avons pas eu besoin de la confiance et du pardon de ceux qui nous entourent pour être heureux et en paix ? Peut-être qu’on n’a jamais entendu nous dire : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »

 

Que fait le père lorsqu’il voit son fils aîné qui refuse d’entrer à la maison ? Il va vers lui.  «  Son père sortit l’en prier. Mais il répondit : «  Voilà tant d’années que je te sers sans n’avoir jamais transgressé un seul de tes ordres ; jamais tu ne m’as donné un veau à moi, pour festoyer avec mes amis, et puis ton fils que voilà revient-il après avoir dilapidé tes biens avec des prostituées, tu fais tuer le veau gras pour lui ! »

 

Le père ne fait pas de différence, il aime ses deux fils de la même manière et il va vers eux de la même façon.  Mais le fils aîné alors laisse éclater toute sa colère. « Ce moins que rien, tu l’accueilles et tu lui organises un banquet. »  Il voudrait que la justice soit faite. « Il a péché, il faut qu’il paye ! »  « Il est parti de la maison, il n’a pas à y revenir. »  « Il a gaspillé sa fortune, qu’il ne vienne pas prendre celle des autres, surtout la mienne. »

 

Combien de fois n’avons-nous pas eu un comportement semblable ? Combien de fois avons-nous refusé de pardonner ? Combien de fois n’avons-nous pas refusé de recommencer une relation fraternelle avec quelqu’un qui m’a fait mal ? Combien de fois n’avons pas dit : « Pardonner, je veux bien, mais il y a quand même des limites. »

 

Et le père de répondre : «  Mon enfant, toi tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait bien festoyer et se réjouir puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Le Bon Dieu nous dit la même chose.  Il nous invite à nous réjouir quand quelqu’un se convertit.  Il nous invite à l’accueillir avec tout notre cœur.  Et surtout, n’oublions jamais que nous sommes aussi pécheurs, que nous avons besoin du pardon de Dieu, mais aussi de celui de nos frères ou de nos sœurs.

 

Si on a porté toute notre attention sur le plus jeune fils, ou sur le Père prodigue, il ne faudrait pas oublier qu’il y a le frère aîné qui a beaucoup à nous apprendre.