Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 Mars 2019 – Mercredi des Cendres
( Matthieu 6, 1-6.16-18 )
Quand j’étais plus jeune, j’allais bricoler à la menuiserie pendant l’hiver.
Évidemment, il fallait commencer par faire du feu. En me préparant à le faire, j’ai remarqué que, malgré une longue nuit, il y avait encore de la braise sous la cendre. C’était plus facile ! Il suffisait de ranimer le feu.
Les pompiers connaissent bien ce phénomène. Parfois, après avoir éteint un incendie, ils continuent de veiller parce qu’ils savent, par expérience, que du feu peut encore couver sous la cendre, et l’incendie reprendre de plus belle.
Les cendres qui vont nous être imposées tantôt pourraient bien nous rappeler qu’il y a en nous, depuis notre baptême, un feu qui est la présence de l’Esprit Saint en nous.
C’est vrai que ce feu peut être parfois caché, enfoui sous la cendre, sous nos faux bonheurs, nos tracasseries, nos préoccupations de chaque jour, nos routines et nos habitudes. On peut même risquer de croire que le feu est éteint. Pourtant, il suffirait d’un souffle pour que la braise reprenne vie et nous faire découvrir que le feu était toujours là.
Qu’est-ce qui nous aiderait à souffler sur la braise pour que le feu reprenne vie ? Le prophète Joël et Jésus nous le disent.
Le prophète Joël nous indiquait que, pour nous convertir, il faut revenir au Seigneur de tout notre cœur, que c’est lui, notre cœur, qu’il faut déchirer et non pas nos vêtements.
Jésus, dans l’évangile, nous invitait à agir dans le secret, à ne pas nous laisser prendre par ce qui paraît. En le faisant, il nous invite lui aussi à descendre dans le secret de notre cœur pour y découvrir la braise qui brûle encore.
Cette braise, c’est la présence de Dieu en nous.
Entrer à l’intérieur de nous-mêmes, c’est redécouvrir que nous sommes le résultat d’un acte d’amour de Dieu et que rien ne pourra jamais anéantir cet amour.
Jésus nous invite à secouer la cendre qu’il y a dans notre vie pour que le feu de l’amour du Père puisse de nouveau nous embraser.
C’est en le faisant que nous deviendrons des justes, que nous chercherons à nous ajuster à l’amour de Dieu, que nous poserons des gestes signifiant qu’il a la première place dans notre vie.
Ainsi, par l’aumône, nous indiquons que nous renonçons à nous-mêmes en faisant des dons d’aumônes, des dons de temps, des dons de présence, des dons d’écoute fraternelle.
Par la prière, nous nous mettons à son écoute et lui exprimons notre confiance .
Par le jeûne notre disponibilité à l’essentiel.
Jésus nous invite à vivre une plus grande intimité avec notre Dieu en puisant encore à ces sources de vie que sont la Parole et le partage du pain.
J’ai appris que, dans une région du monde, les prêtres traçaient une grande croix sur le front des gens avec des cendres mêlées avec un peu d’eau. Les gens voulaient que la croix tracée sur leur front paraisse toute la journée pour indiquer qu’ils étaient des chrétiens. C’était pour eux une façon de rendre témoignage.
Pour nous, c’est différent ! Vous allez peut-être chercher à éliminer la cendre sur vos fronts tantôt.
C’est vrai qu’il faut secouer la cendre de nos vies pour que le feu de l’amour de Dieu nous permette d’avancer vers la Résurrection du Christ, sans sonner de la trompette, sans nous donner en spectacle, sans prendre d’air abattu.
Pendant le carême, nous pourrions très bien, de temps à autre, reprendre ces mots du psaume :
« Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit . »
Cette prière pourrait nous aider, nous guider dans nos choix, orienter nos attitudes pour vivre un Carême authentique dans la sérénité.
