Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 juin 2020 – 2 Timothée 4,1-8
« Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. »
Nous sommes à la fin de la lettre de Paul. Après avoir encouragé Timothée à poursuivre son ministère au milieu des oppositions, Paul en vient à sa situation personnelle. Dans sa prison romaine, en un langage imagé, Paul évoque avec lucidité la fin de son parcours d’apôtre. Le passage que nous lisons aujourd’hui est écrit un peu comme un discours d’adieux. Paul s’adresse à son disciple et ami, celui même qu’il appelle son enfant pour lui dire que le moment de son départ est venu. Le moment de son départ littéralement veut dire « lever l’ancre ».
Paul a tellement vogué sur les mers qu’il voguera bientôt vers celui qui l’a appelé sur la route de Damas. Mais au moment où il écrit, il est à Rome, soumis à une dure captivité. Il ne se fait aucune illusion sur l’issue de son procès, il sait qu’il sera condamné à mort. À ce moment-là, Marc, Luc et Timothée lui seront un précieux réconfort.
Paul dit à Timothée dans sa lettre « Je suis déjà offert en sacrifice ». En langue grecque, ce mot signifie « libation ». La libation est une offrande de vin, d’huile ou d’autre liquide versé sur l’autel d’un dieu. Il va verser son sang, comme Jésus sur l’autel de la croix. Il le dira aux Philippiens : « Alors je serai fier de vous quand viendra le jour du Christ : je n’aurai pas couru pour rien ni peiné pour rien. Et si je dois verser mon sang pour l’ajouter au sacrifice que vous offrez à Dieu par votre foi, je m’en réjouis et je partage votre joie à tous. » (Philippiens 2,17)
Ce que Paul vit, ça a été le lot de Jésus sur la croix quand il acheva son engagement dans l’annonce du Royaume. On peut dire encore que son sacrifice correspond à celui de la pauvre veuve qui verse tout ce qu’elle a dans le tronc du Temple. Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre alors que les autres ont versé de leur superflu sans que ça ait des conséquences sur leur vie.
Se sacrifier, s’offrir en sacrifice, ce n’est pas une manière de parler qui est très à la vogue à notre époque. Mais ce que nous dit l’Écriture est toujours vrai. L’engagement en faveur de l’évangile ne se vit pas à moitié ou avec réserve. Mais ce que les Écritures énonçaient tient toujours : l’engagement en faveur de l’évangile de Dieu ne se vit pas à moitié ou avec réserve ; il exige ou réclame toute la personne, toutes ses énergies, toutes ses fragilités autant que toutes ses forces.
Ce que Paul demande à Timothée tient toujours : « Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère », ton engagement, ta mission, ton baptême.
