Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 février 2022 – 5e Dimanche ordinaire – Luc 5, 1-11
Un de mes professeurs en théologie dogmatique qui aimait être très concret aurait sans doute dit que la barbotte n’avait pas mordu cette nuit-là. Les pêcheurs sont revenus bredouille, ils ont abandonné la pêche et ils rangent leur matériel imaginant qu’il était trop tard pour prendre quoi que ce soit.
La rencontre de Simon avec Jésus commence d’une manière plutôt banale ce matin là. Jésus voit deux barques qui étaient au bord du lac; il y en avait une qui appartenait à Simon. Jésus monta dans la barque de Simon et lui demande un petit service, de s’éloigner un peu du rivage pour que sa voix porte mieux et que tout le monde puisse entendre. Même s’il a pêché toute la nuit, Simon accepte de bonne grâce. Après tout, ça ne coûte rien.
Mais il y a un petit détail qui n’a sans doute pas échappé à Simon, pas plus qu’aux autres pêcheurs. Jésus se met au travail alors qu’eux autres viennent de terminer le leur. Les pêcheurs viennent de vivre un échec. Plus tard, ils comprendront que quand il est trop tard pour les réussites humaines.
Il n’est jamais trop tard pour Dieu. En effet, Dieu nous demande souvent, aux moments de fatigue et de découragement, un petit geste qui n’a l’air de rien, mais qui déjà nous met en marche vers lui.
Mais Simon n’était pas au bout de ses surprises. « Quand Jésus eût fini de parler, il dit à Simon : « Avance large, et jetez vos filets pour la pêche. »
Jésus l’envoie pêcher en haut profonde. Simon est sûr que c’est inutile après la nuit infructueuse qu’il vient de vivre. Mais il y a la parole de Jésus. J’imagine qu’il l’a écoutée, c’était à partir de sa barque que Jésus annonçait la Parole de Dieu. La parole de Jésus est plus forte que toutes ses évidences, plus sûre que ses doutes, plus impérieuse que son découragement. Et à cause de sa confiance dans le « Maître », il est allé au-delà des limites de son bon sens humain. La pêche va dépasser des espérances, et la prise est tellement grande qu’il doit reconnaître que c’est l’œuvre de Dieu.
Quand Dieu agit dans une vie, tout devient royal.
La première réaction de Simon et probablement celle de ses compagnons, Simon tombe à genou aux pieds de Jésus et dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur ».
C’est une réaction de stupeur et de crainte. Quand Jésus l’invitait à aller pêcher au large, Simon l’appelait « Maître », mais maintenant, après avoir pu sa puissance, il l’appelle « Seigneur ». Il a bien saisi la sainteté de Dieu, mais c’est une majesté qui éloigne, qui éveille l’adoration, mais pas encore l’amour. « Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur ». Simon imagine qu’il faut mettre une distance entre l’homme indigne qu’il est et le Dieu qui fait merveille.
Mais ce Dieu qui fait merveille veut être aussi le tout proche. Oui, il est le tout-puissant, mais il veut être le tout aimé. C’est pourquoi Jésus prend soin d’écarter sa peur en lui disant : « Sois sans crainte ».
Et Jésus l’appelle à être sans crainte en l’appelant à collaborer avec lui : « désormais, ce sont des hommes que tu prendras. » Simon prendra des hommes dans son filet comme il a pris ce jour-là des poissons à l’heure où il s’y attendra le moins, et uniquement sur la parole de Jésus.
Souvent ce qui freine notre amour, c’est la peur.
Peur de ce que le Christ peut faire pour nous, en nous, par nous ;
peur de gagner le large une fois pour toutes;
peur de rencontrer un Dieu qui nous dépasse;
peur de jeter le filet dans notre vie sur la seule parole de Jésus.
Or « l’amour parfait bannit la peur »,
et c’est à la fois pour nous guérir de la peur et pour réveiller notre amour que le Christ nous fait entendre de nouveau son appel, son ordre, sa promesse:
« Désormais ce sont des hommes que tu prendras », autrement dit, tu collaboreras moi dans l’œuvre du salut.
