Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 Avril 2019
( Jean 7, 40-53 )
Si saint Jean voulait écrire un mot pour notre temps, il ne changerait rien à l’évangile que nous venons d’écouter.
On voit bien, dans notre monde comme dans l’évangile, que des gens s’éloignent peu à peu du Christ après avoir eu le bonheur de le rencontrer.
Tout juste avant l’évangile que nous venons d’écouter, saint Jean nous dit que : « Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : de son cœur couleront des fleurs d’eau vive. » (Jn 7,37-38)
Il me semble qu’il n’y avait rien là pour s’affoler ! On aurait dû, au contraire, se réjouir, éprouver un sentiment de délivrance, mais il faut bien le constater, les paroles de Jésus, loin de susciter l’enthousiasme, amènent des questions, des discussions, des divisions et parfois même carrément le refus suivi de la haine meurtrière.
Il y avait de quoi désespérer.
Tout le monde pouvait voir Jésus, l’écouter. Il se faisait proche des gens. Beaucoup avaient été témoins de ses paroles qu’on aimait entendre, de la multiplication des pains et de ses miracles. Quand on lit l’évangile, surtout celui de saint Jean, ce n’est pas croyable tout ce que Jésus a fait pour justifier sa mission. Pourtant, même le Fils de Dieu n’a pas réussi à convaincre les gens.
Il avait beau insister, multiplier les appels, guérir de nombreux malades, proclamer le pardon de Dieu, tout laissait les hommes indifférents. Il n’a trouvé que des hommes hésitants, prisonniers de leur haine et de leurs certitudes tout au long de son ministère.
Je pense que c’est là la plus grande croix de Jésus, celle de ne pas avoir été reconnu comme l’Envoyé de Dieu, le Messie annoncé depuis des siècles.
C’est le drame de la passion qui commence, s’annonce et se poursuit.
Oui, il y avait des gens qui acceptaient de l’écouter, des gens qui ont reconnu en lui un prophète et même le Messie attendu, mais d’autres ont toujours contesté ses paroles et ses gestes à cause de toute sorte de préjugés, comme le fait qu’il venait de Nazareth, qu’on connaissait son père et sa mère, qu’il était fils de charpentier.
En plus, on vient de voir que les pharisiens cherchaient à détruire la foi qui commençait à naître : des gens de la foule, ils disent que ce sont des maudits, aux soldats, ils déclarent : « vous vous êtes laissés égarer », ils n’hésitent même pas à fustiger leur confrère Nicodème : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? »
Dans notre monde, il y a toujours des morsures semblables qui font chanceler les croyants ; il y a toujours des gens qui cherchent à arracher à la foi et à l’espérance, à des gens qui sont prêts à accueillir l’initiative de Dieu.
Et Jésus se retrouve encore seul, comme autrefois avec son offre de miséricorde. À force d’ouvrir ses bras pour accueillir, il les a laissés clouer sur une croix pour que les hommes finissent par comprendre son geste.
