Mgr J-C Dufour-5 Novembre 2018-Luc 14, 12-14

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 5 Novembre 2018

( Luc 14, 12-14 )

 

La situation est bien simple. Un chef de pharisien invite Jésus à prendre un repas chez lui.
Le faisait-il par intérêt ? Peut-être ! Quand un personnage important accepte notre invitation, on devient nous-mêmes un peu plus important. Et puis, l’invité d’honneur, on lui donne la meilleure place, à côté de nous. Peut-être que, pour le chef de pharisien, c’était une manière d’obliger Jésus à être à côté de lui. C’était la façon de faire selon les conventions sociales et Jésus n’a jamais dénoncé ces habitudes. Mais, il en profite pour inviter son hôte à aller bien plus loin que les relations sociales, à entrer vraiment dans des relations qui soient fraternelles.

 

« Quand tu donnes une réception, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation, et ce serait pour toi un don en retour.»
Ces mots de Jésus sont une invitation à réfléchir. Quand on invite quelqu’un d’important, est-ce que c’est lui qu’on veut honorer ou s’honorer soi-même ? Ça peut aller loin. Quand on fait quelque chose pour le Bon Dieu, est-ce que c’est vraiment lui que nous voulons honorer ou si on le fait parce qu’on se dit qu’il doit être bien content de nous ?

 

Mais le Seigneur nous donne un bon moyen de nous en sortir, celui de nous mettre volontairement en situation de gratuité, par exemple en invitant à dîner quelqu’un qui ne pourra jamais nous le rendre. Et le Seigneur d’ajouter :
« Heureux seras-tu parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour. »
Nous avons accueilli plusieurs béatitudes depuis les derniers jours d’octobre. Il faut remarquer que toutes les béatitudes nous placent devant une promesse de bonheur et, en même temps, devant quelque chose de désagréable aux yeux du monde, par exemple, heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui sont persécutés…

 

Alors, tu seras heureux, nous dit Jésus ! C’est la porte d’entrée du Royaume. Le Bon Dieu a un faible pour les pauvres, les petits ; il se fait sans cesse du souci pour eux. Quand on fait quelque chose pour eux, c’est lui, le Seigneur, qui contracte une dette envers nous. Alors, il nous accordera sa propre vie en partage et nous serons heureux.

 

Et puis, en faisant quelque chose pour ceux et celles qui sont incapables de nous le rendre, notre regard va changer lui aussi. Peu à peu, nous allons découvrir que nous leur ressemblons, et bien plus qu’on imagine. Comme eux, on aimerait bien être invité à un banquet nous aussi sans qu’on nous demande quelque chose en retour, sinon d’accueillir le don qui nous est fait. Le bonheur des faibles et des pauvres qui sont comblés gratuitement nous attire.

 

C’est ce que nous vivons dans cette Eucharistie. Le Seigneur nous invite à sa table pour nous donner son Corps et son Sang. Il le fait par pure gratuité parce qu’il sait bien qu’on ne sera jamais capable de lui rendre la semblable. Ce n’est pas nécessaire ! Il nous demande seulement d’accueillir le don qu’il nous fait.