Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 5 juin 2021 – Tobie2, 1.5-15.20 et Marc12, 38-44
Il y a une différence entre ce que l’homme voit et ce que Dieu voit. C’est la trame de fond qui traverse les lectures aujourd’hui.
On peut dire que Tobith et son fils se comportent en hommes justes à l’endroit de celui qui a été un compagnon de voyage. Son père lui dit : « Mon enfant, pense à donner son salaire à ton compagnon de voyage, et ajoute un supplément ».
C’est à ce moment que Raphaël qui était le compagnon de voyage ouvrira les yeux des deux hommes. Dieu voyait Tobith quand il priait, quand il enterrait les morts, quand il laissait son repas pour partir enterrer un mort. Dieu n’est pas demeuré indifférent devant leurs œuvres. Alors il leur dit : « Bénissez Dieu et célébrez — le devant tous les vivants pour le bien qu’il vous a fait. » Il les invite à rendre grâce à leur premier bienfaiteur, Dieu, à proclamer les œuvres merveilleuses qu’il a faites.
On trouve la même chose dans l’évangile. Jésus fait remarquer à ses disciples que les scribes se promènent en vêtements d’apparat, aiment les salutations, les places d’honneur, font de longues prières : toute sorte d’attitudes extérieures.
Mais Dieu voit autrement. Et Jésus attire leur attention sur une pauvre veuve qui met deux petites pièces d’argent dans le tronc du Temple. Extérieurement, elle n’a pas fait une œuvre de grande valeur, mais Dieu a vu son cœur, capable de se détacher de ce qui lui était nécessaire pour vivre. Dieu qui voit les cœurs ne restera pas indifférent devant tant de générosité, cachée aux yeux du monde.
On le voyait dans les deux lectures : il y a une différence entre ce que l’homme voit et ce que Dieu voit.
C’est la même chose pour l’Eucharistie.
Elle est comme un exercice continuel d’éducation de notre regard. Comme les deux Tobith, comme les disciples, Jésus nous invite à pénétrer le grand mystère d’amour divin, à contempler le cœur de Dieu qui a été capable de donner sa vie en laissant sa présence, cachée aux savants et aux scribes de notre monde.
Demain, nous chanterons : « Le pain se change en son corps, le vin devient son sang ».
Dans l’eucharistie, l’apparence est secondaire : des aliments bien ordinaires, du pain et du vin, la pauvreté du signe, l’absence du spectaculaire.
Dieu regarde l’âme et reconnaît en elle la foi qui pénètre l’invisible, un peu comme la pauvre veuve.
Il nous nourrit avec « le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu. »
La promesse de Dieu de marcher avec nous s’est accomplie.
Nous aurons bien raison de chanter demain : « L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit ».
