Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 5 juin 2020 – 2 Timothée 3,10-17
« Quant aux hommes mauvais et aux charlatans, ils iront toujours plus loin dans le mal, ils seront à la fois trompeurs et trompés. » C’est la première fois que je rencontrais une telle expression : ceux qui font toujours plus loin dans le mal sont à la fois trompeurs et trompés ; remarquons aussi que saint Paul met le verbe au futur.
Pourtant, c’était son expérience. C’est vrai qu’on début de sa vie, il était lui-même persécuteur des chrétiens, et pas à peu près. Il était là lors de la lapidation d’Étienne. Par la suite, nous dit saint Luc, il ravageait l’Église, pénétrant dans les maisons, en arrachant hommes et femmes pour les jeter en prison. Il était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur.
Mais un jour, il est tombé de son cheval sur le chemin de Damas. Devenu disciple de Jésus, il fut lui-même persécuté. À Antioche, après une
deuxième prédication dans la synagogue, les Juifs s’enflammèrent de jalousie, ils contredisaient ses paroles et l’injuriaient. Pas mieux lorsqu’ils se trouvaient à Iconium, il y eut un mouvement pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé. Même chose à Lystres : « Alors des Juifs arrivèrent d’Antioche de Pisidie et d’Iconium ; ils se rallièrent les foules, ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, pensant qu’il était mort. » (Actes 14,19) À plusieurs reprises, saint Paul a dû faire face à ceux qui allaient toujours plus loin dans le mal, ceux qui étaient trompeurs et trompés.
C’était aussi l’expérience de Jésus. Combien de fois dans l’Évangile, on a cherché à s’en prendre à Jésus qui, chaque fois, avait le dessus ! On le voyait dans l’Évangile d’aujourd’hui. Pour le moment la foule en est amusée, car son attention semble porter sur l’embarras des scribes, des pharisiens, des hérodiens et des saducéens plus que sur le contenu. Un temps viendra, à l’heure de la passion, où, avec eux, elle sera d’accord avec la mort de Jésus. L’annonce du règne du Christ semble entraîner des persécutions venant de ceux qui allaient de plus en plus loin dans le mal. C’était des trompeurs et des trompés.
Plus tard encore, ce sera l’expérience de celui que nous fêtons aujourd’hui,
Saint Boniface, un moine anglais envoyé par le pape Grégoire II en mission en Germanie. En plus d’évangéliser les païens, il lui fallait également réévangéliser les chrétiens. Pas facile ! Des pseudo-évêques et des prêtres soi-disant inspirés entraînaient les foules ignorantes en prêchant des doctrines hérétiques. Après un temps de retrait, Boniface reprit son œuvre d’évangélisations auprès des Frisons, des gens qui occupaient une province de Germanie. Il fut massacré par des païens furieux, à coups d’épée, avec cinquante-deux de ses compagnons, le jour de la Pentecôte.
C’est le pape Grégoire II qui l’avait nommé Boniface, c’est-à-dire « faiseur de bien ». On pourrait dire la même chose de Jésus et de Paul, c’était des faiseurs de bien malgré ceux qui allaient de plus en plus loin dans le mal. Si la persécution existe, ce n’est pas à cause de Dieu, c’est à cause de notre monde qui n’est pas encore converti. Leçon à retenir !
