Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 5 Juin 2019 – Saint Boniface
( Jean 17, 1b-19 )
Il n’est pas toujours possible pour une personne de faire ses adieux au moment où elle sent qu’elle est en train de passer dans un autre monde dont elle ne sait rien. Parfois, elle s’en va dans le silence.
Parfois, elle a besoin de revoir une personne proche.
Parfois, elle a besoin de vivre une réconciliation, un pardon.
Un jour, il y avait à l’hôpital un monsieur qui était mourant. Il avait un garçon et une fille qui étaient à couteaux tirés depuis un bout de temps. Incapable de parler, ce monsieur a saisi la main de son fils qui était d’un côté de son lit et celle de sa fille qui était de l’autre côté pour les unir. Un appel intense à la réconciliation !
Parfois, le souvenir qu’une personne laisse est imprégné de paroles ou de gestes qu’on ne peut oublier.
Dans les deux lectures que nous venons d’entendre, on voit Paul et Jésus faire leurs adieux.
Pour Paul, l’essentiel, c’est que la communauté reste unie, sous la garde de ses pasteurs. Il est bien conscient que la communauté pourrait bien connaître des divisions après son départ et que la menace encourue ne viendra pas du dehors, mais de l’intérieur même de la communauté. Tout ce qu’il peut faire, c’est l’avertir du danger et la confier à Dieu parce que, pour lui, c’est Dieu qui a construit cette communauté. Aussi il croit que Dieu saura bien garder la communauté dans la fidélité en lui donnant son Esprit.
La préoccupation de Jésus est bien proche de celle de Paul.
Dans une dernière prière au Père, il lui dit : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom… » Jésus sait bien, lui aussi, que ses disciples auront à affronter un monde difficile « parce que le monde les a pris en haine » Il n’y a que l’amour du Père et la fidélité à la vérité de l’évangile qui pourront les épargner.
Les prières de Paul et de Jésus sont toujours bien actuelles, toujours bien valables pour nous.
Les menaces contre les croyants et les croyantes viennent de tous bords et de tous côtés, et malheureusement, comme le voyait Saint Paul, même de l’intérieur de l’Église. C’est triste à dire, mais trop de pasteurs ont abusé de leur pouvoir sur des enfants et des personnes fragiles.
Les deux lectures que nous venons d’entendre sont encourageantes puisqu’elles nous rappellent que devant les difficultés de notre monde, nous ne sommes pas seuls. Ce qui nous protégera toujours, c’est la certitude que Dieu construit et garde son Église et que la vérité de l’Évangile est notre trésor.
Aujourd’hui, nous fêtons saint Boniface, un nom qui lui fût donné par le pape Grégoire II et qui signifie « faiseur de bien ». En fait, Boniface a fait beaucoup de bien en Allemagne. Les catholiques allemands le vénèrent et le considèrent comme l’apôtre de leur pays.
Dans sa prière, Jésus nous disait tantôt : « Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine »
Ce « faiseur de bien » que fut Saint Boniface a connu la haine, puisqu’il fut massacré avec 52 de ses compagnons le jour même de la Pentecôte.
« Permets, Seigneur, qu’à l’intercession de saint Boniface, nous puissions […] proclamer par toute notre vie la foi qu’il a lui-même enseignée. »
(Prière d’ouverture)
