Mgr J-C. Dufour- 5 juillet 2020 – 14 e dimanche ordinaire – Matthieu 11,25-30

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 5 juillet 2020 – 14 e dimanche ordinaire – Matthieu 11,25-30

 

Jésus nous dit aujourd’hui : « Je suis doux et humble de cœur ».  Il avait déjà dit dans une béatitude: « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage ».

Je ne sais pas quelle sorte d’images ça engendre dans votre esprit.  Je ne suis pas certain qu’on se fait une bonne image d’une personne douce!  On l’imagine souvent comme une personne timide et craintive, bonnasse, comme quelqu’un qui a peur de s’affirmer, qui a peur du risque, qui manque de colonne vertébrale.  Tout ça, peut-être parce on vit dans un monde de violence, et qu’on se dit qu’il nous faut quelqu’un capable de répondre à la force par la force.

On oublie que ce qu’il y a de plus désarmant, c’est la force de la douceur. Je pense à Gandhi qui a dit : « Colère et intolérance sont les ennemis d’une bonne compréhension ».  Ou à Martin Luther King qui affirmait : « J’ai décidé d’opter pour l’amour, la haine est un fardeau trop lourd à porter. » Pensons au pape Jean-Paul II qui a répondu à son agresseur par la douceur. Le pape François disait : « La douceur et la tendresse: ces vertus humaines semblent petites, mais elles sont capables de surmonter les conflits les plus difficiles ».

« Je suis doux et humble de cœur ».  On a souvent provoqué Jésus, mais jamais il n’a répondu par la force comme quand on a voulu le lapider dans son village.  Quand des soldats viennent pour l’arrêter au Mont des Oliviers, il invite Pierre à la douceur en lui disant: « Celui qui se sert de l’épée périra par l’épée.  Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges? »  Et du haut de la croix, il fait encore preuve de douceur: « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Jésus nous invite à être des doux, pas des timides, des gens qui ont peur de s’affirmer, mais des doux.

Chaque fois que nous sommes tentés d’utiliser la force, d’être impatient, intolérant, autoritaire, Jésus nous invite à remplacer ces comportements par de la douceur.  Quand on essaie de le faire, on se rend compte que ce n’est pas si facile que ça, et que la douceur est loin d’être une lâcheté, une faiblesse, une fuite devant les responsabilités, une peur devant les affrontements.  Je dirais que ça prend une drôle de force pour remplacer certains de nos comportements par la douceur, j’ajouterais même que ça prend une force qui vient de Dieu.

Il y a un proverbe qui dit qu’on attrape plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec un baril de vinaigre.  Nous vivons dans un monde où il y a un baril de violence se présente sous toutes sortes de formes.  Jésus nous invite à être cette cuillerée de miel, à chercher le plus possible à lui ressembler, à être dans ce monde des témoins de sa douceur.

Sur la montagne, dans un sermon qui est considéré comme la Charte du Royaume des cieux, il avait dit: « Heureux les doux, ils posséderont la terre ».

Le bonheur des doux, nous dit Jésus, c’est d’être comme lui, le Christ-Roi, doux et humble de cœur; c’est, dès maintenant, de chercher à conquérir la terre par le seul pouvoir de leur douceur, de leur amabilité, de leur tendresse.

Le 9 juin, j’ai commenté cette béatitude en parlant du Magnificat

« Il n’est guère d’hymne plus révolutionnaire que le Magnificat, le chant qui éclate sur les lèvres de la Vierge Marie lorsqu’elle rencontre sa cousine Élisabeth et leur fait part de l’heureux évènement : elle va devenir maman ! Chant de la douceur renversant la violence, de la paix chassant la guerre, de la pauvreté dominant la richesse. Le cœur doux, pauvre et rayonnant de paix puise en effet sa force en Dieu. »

Demandons-lui, au cours de cette célébration, de nous donner ce bonheur, de nous faire la grâce d’être des doux et des humbles de cœur.