Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 4 novembre 2020 – St Charles Borromée – Luc 14,25-33
Une phrase percutante de Jésus : « Celui qui ne porte pas sa croix, pour marcher à ma suite, ne peut pas être mon disciple. » suivie de deux petites paraboles. Y a-t-il un lieu entre cette phrase et les deux petites paraboles ? À première vue, ça pose question ! Dans la première, Jésus nous raconte l’histoire d’un homme qui veut bâtir une tour ; il prend soin de calculer pour voir si ça correspond à son budget. Dans l’autre, il raconte l’histoire d’un roi qui veut partir en guerre et qui commence par s’asseoir pour voir s’il peut réussir. On a l’impression que les deux petites paraboles sont une invitation au gros bon sens, à une prudence élémentaire.
Un homme qui décide de bâtir une tour, un roi qui veut partir en guerre, la prudence leur commandera de ne rien entreprendre s’ils se sentent incapables d’y arriver. Mais devenir disciple de Jésus, aimer Dieu et notre prochain de toutes nos forces, c’est la seule urgence de notre vie.
Quand on ambitionne de suivre Jésus, quand Jésus nous invite à prendre notre croix pour marcher à la suite, la prudence elle-même change de niveau. Le bon sens fait place à la folie des Béatitudes, à l’aventure de la foi. Cette fois, la prudence sera de tout sacrifier, pour rejoindre Dieu qui nous aime et pour travailler à son règne. La vraie réponse qui a du bon sens est de lâcher prise, et de tout transférer dans le compte du Christ.
C’est en plein ce qui est arrivé à saint Charles Borromée que nous fêtons aujourd’hui. À vingt ans, il est créé cardinal. Il mène une vie de grand seigneur, il a cent cinquante domestiques en livrée, des chevaux et des carrosses. Mais, à un moment donné, il a fait un choix. Sa vie personnelle change : on dira de lui qu’il est devenu le plus pauvre de son diocèse. Durant le reste de sa courte vie, il fécondera son apostolat par la prière, à laquelle il consacre une partie de ses nuits, et par l’ascèse, en particulier le jeûne.
Pour lui aussi, la prudence avait changé de nom, elle consistait à tout sacrifier pour le Christ. Comme le dit la petite méditation dans le Prions : « qui a dit que donner la priorité à Dieu était facile ? Comme il l’a fait lui-même, Jésus nous demande de porter notre croix. »
