Mgr J-C. Dufour-4 novembre 2019 – Funérailles de S. Françoise-du-St-Sacrement, s.j.m. ( Françoise Fortin)

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 4 novembre 2019

Funérailles de S. Françoise-du-St-Sacrement, s.j.m. ( Françoise Fortin)

 

« Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ ». Il me semble que le Seigneur ne cesse de nous le répéter depuis quelques jours.

 

Ce n’est pas un adon si vendredi dernier nous avons célébré la Fête de tous les saints. Dans la première lecture, ce jour-là, il était question de 144000 élus. Si c’est à prendre au pied de la lettre, on n’a pas beaucoup de chance ; heureusement, ce n’est pas le cas. À chaque fois qu’il revient dans la bible, 32 fois, le chiffre 12 s’applique à des gens qui ont été élus. Par exemple, dans l’Ancien Testament on nous parle des douze tribus d’Israël, dans le Nouveau Testament, on parle des 12 apôtres, dans l’Apocalypse des 12 étoiles qui couronnent la Femme : tous des gens élus, choisis par le Seigneur. Alors, imaginez que ce chiffre est multiplié par 12000 ; il donne le nombre de 144,000 qui est l’expression, par excellence, de la perfection, de l’élection.   Il n’y a pas à dire, notre Dieu n’accorde pas son salut avec parcimonie, mais avec générosité.

 

Et comme si ce n’était pas suffisant, l’auteur continuait en disant : « Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches avec les palmes à la main. »  C’est dire que la sainteté n’est pas le lot de quelques privilégiés, elle est ouverte à tous. Et cette vie de communion avec le Père, par qui est-elle obtenue ? Par le Christ. C’était le cas de S. Françoise  qui avait accueilli le Christ avec foi. On a dit d’elle : « assoiffée de sainteté, son service d’adoration et de louange passe toujours en premier. »

 

Ce n’est pas un adon si samedi nous avons célébré la Fête des fidèles défunts. Selon une certaine tradition biblique, seuls les pécheurs connaissent le malheur tandis que la personne qui accepte Dieu, et lui demeure fidèle ne vit que pour le bonheur. Le livre de Job remettait en question cette approche. En effet, Job est ami de Dieu ; il mène une vie sans reproche, pourtant, il passe par d’atroces souffrances. Son entourage va jusqu’à le soupçonner d’être pécheur ou hypocrite, car s’il était fidèle à Dieu, il n’aurait pas connu la tourmente. Mais devant cette façon de voir les choses, Job s’écrit : « Je sais, moi, que mon rédempteur des vivants, que, le dernier, il se relèvera de la poussière, et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair, je verrai Dieu. »  Extraordinaire la foi de Job ! Quand nous fermons nos yeux ici-bas, Dieu nous les ouvre de nouveau dans le monde de l’au-delà. C’est notre foi, c’était la foi de S. Françoise, une foi qui l’appelait et qui nous appelle à vivre dans l’espérance.

 

Dans l’évangile du même jour, le Seigneur nous rappelait qu’il montait vers le Père pour préparer une place à chacun et à chacune de nous. Il aimerait bien nous voir habiter avec lui dans la demeure d’en haut.   C’était le but de S. Françoise, s’ouvrir au Christ, c’est choisir d’habiter avec lui pour toujours.   Pendant 65 ans, elle nous a rappelé que cette vie déjà donnée au baptême est continuellement alimentée par l’écoute de la Parole et par l’eucharistie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »

 

« Après une longue recherche de sa vocation et beaucoup d’hésitations, au pied de Notre-Dame du Cap, elle prend sa décision d’entrer chez les Servantes de Jésus-Marie. » Dans sa nécrologie, on dit : « Âme mariale, nous remarquons son esprit surnaturel et fraternel. »  Ce n’est pas un adon si depuis presque deux mois, je peux contempler un vitrail de la Vierge Marie à la paroisse Saint-Joseph. Il y a quelque chose de particulier dans ce vitrail ; on s’attendrait à ce que Marie porte l’Enfant Jésus, mais non, elle porte un petit bateau, image de L’Église qu’elle se doit de conduire au Christ. S. Françoise était dans ce bateau, dans l’Église. Et je ne pense pas que le Christ résiste longtemps à sa mère.

 

Aussi, c’est avec confiance que je peux terminer avec le refrain des vêpres du 2 novembre :

« Dieu, tu révèles ta lumière
À ceux qui passent par la nuit ;
Béni sois-tu
Pour les yeux qui s’ouvrent aujourd’hui
Dans la terre nouvelle :
ILS TE RENCONTRENT, DIEU VIVANT !»