Mgr J-C Dufour-31 décembre 2018-Luc1-1-18

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 31 Décembre 2018

( Luc 1, 1-18 )

 

Nous revenons à l’évangile du jour de Noël comme si l’Église voulait nous entrer le mystère de l’Incarnation bien comme il faut dans notre tête et surtout sans doute, dans notre cœur.

 

« Et le Verbe s’est chair, il a habité parmi nous », vient de nous dire saint Jean.
Paul dira la même chose, autrement : « lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » (2 Cor 8,9)
Est-ce que nous prenons vraiment la mesure de ces affirmations ?
Est-ce qu’on prend conscience de tout ce qu’elles peuvent nous signifier ?

 

Par amour pour nous, Celui qui est sans limites prend la limite humaine ; Celui qui est infiniment grand se fait tout petit.
Le créateur choisit de se faire créature, de se faire un avec nous, d’être semblable à nous, d’être dépendant des autres, d’avoir besoin de nourriture, de vêtements à porter, d’être fatigué, d’avoir besoin de repos comme nous.

 

Nous avons tous des limites physiques, psychiques, intellectuelles que nous avons du mal à accepter.
Le Bon Dieu entre dans nos limites comme pour nous aider à accepter celles que nous avons.
La grandeur de Dieu, c’est de s’être fait petit. La puissance de Dieu, c’est sa fragilité, la fragilité d’un enfant dans le temps de Noël, la fragilité d’un condamné à mort sur une croix, et pour aller encore plus loin, la fragilité de l’Eucharistie quand il se livre entre nos mains.

 

Quand on s’approche de la crèche pour regarder l’Enfant Jésus, impossible de lever la tête, il faut la baisser, regarder vers le bas, vers une mangeoire d’animaux.
À Noël, on dirait que Dieu veut nous dire : « Si vous voulez me trouver, ne regardez pas vers le haut, mais vers le bas, c’est là que vous allez me trouver, dans les petits, les pauvres, les fragilisés de la vie ».

 

Au moyen-âge, un théologien écrivait que la grandeur de Dieu avait provoqué de la résistance chez Adam qui se sentait brimé dans sa liberté. C’est alors qu’il avait choisi de devenir un enfant, d’être dépendant et faible pour qu’à l’avenir, personne n’ait peur de lui et qu’on apprenne à l’aimer.

 

Si on veut rencontrer Dieu, il faut descendre de nos trônes élevés, de nos arbres comme Zachée, pour apprendre à devenir petits, à être des enfants.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait très bien compris quand elle écrit : « L’ascenseur qui doit m’élever au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, et que je le devienne de plus en plus. »

 

Être petit, ça ne veut pas dire être naïf, simpliste, pas intelligent, sans personnalité. Ça veut dire être à notre place, nous présenter devant Dieu sans artifice, tels que nous sommes. Être petit, ça veut dire avoir besoin de Dieu et avoir besoin des autres.

 

Pendant ce temps de Noël, que notre contemplation de la naissance de Jésus qui arrive au monde dans une famille modeste, dans des conditions précaires, dans la fragilité humaine, soit pour nous nous une source d’espérance et une invitation à revenir aux choses essentielles parce qu’« en lui était la vie, et la vie était lumière des hommes… », parce que « Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. »

 

Que la lumière de Noël transforme nos cœurs et qu’elle soit pour nous source de paix à la veille de la nouvelle année.