Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 31 août 2020 – Luc 4,16-30
Depuis qu’il a fait l’expérience du désert, il prend la parole pendant le sabbat. Ainsi il peut rejoindre tout le village, les femmes, les hommes et les enfants. Aujourd’hui, il revient chez lui, dans son village, et chose étrange, on a tout un résumé de la vie de Jésus. Il proclame la Parole, et il suscite à nouveau autant d’enthousiasme que de haine au point de vouloir le précipiter au bas de la colline. .
Dans la synagogue, on avait l’habitude de proclamer deux lectures. Ce jour-là, on a confié à Jésus une lecture du prophète Isaïe. Il ne faut pas s’imaginer que c’est la première fois que Jésus fait une lecture. Depuis qu’il avait l’âge de 12 ans, il avait le privilège de le faire. Mais c’était la première fois qu’il allait prendre la parole ou faire un commentaire. Imaginez les auditeurs particulièrement curieux, c’était un jeune du village qui leur parlait. Marie était là aussi sans doute ne perdant pas un seul mot. Tous avaient les yeux fixés sur son fils.
D’habitude on faisait un commentaire sur les deux lectures en faisant un lien entre elles, mais ce jour-là, Jésus part directement du livre d’Isaïe. Il fait une homélie, on ne peut pas plus courte ! Vraiment une annonce inattendue, une annonce étrange, une annonce inouïe : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie pour vous qui entendez ! »
Jésus avait sûrement médité longtemps ce texte du prophète. Il fait siens les mots d’Isaïe, il explique calmement : « L’Esprit du Seigneur est sur moi qui vous parle. C’est moi qui ai reçu son onction pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle. C’est moi qui suis envoyé proclamer de la part du Seigneur une année d’accueil ».
Au début les auditeurs de Jésus, plusieurs étaient des compagnons d’enfance, sont accueillants à son message d’espérance : « tous lui rendaient témoignage, et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. » Mais ça n’a pas été long qu’un doute affreux se glisse dans les rangs : « N’est-ce pas le fils de Joseph ? ». On commence à trouver qu’il se prend pour quelqu’un d’autre.
Et Jésus se défend : « Si vous ne voulez pas croire, vous qui me connaissez, d’autres croiront à votre place. Dieu, comme au temps des prophètes, va faire grâce même à des étrangers, sa miséricorde ignore les frontières ». On le voit chez le prophète Élie qui a été accueilli par une veuve étrangère et le prophète Élysée qui a guéri Naaman, un Syrien. Face au doute de ses auditeurs, Jésus laisse entendre que sa mission est universelle, que le salut de Dieu est pour tous les peuples. La discussion se prolonge et s’envenime, si bien que la foule s’apprête à le précipiter du haut d’une colline, mais « lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin ».
Cet évangile vient nous rejoindre aujourd’hui. Les gens de Nazareth pensaient bien connaître Jésus, mais en fait, ils ne le connaissaient pas. Ils ne voyaient pas, comme nous dit saint Paul, que c’est « Dieu qui, dans le christ, réconciliait le monde avec lui ». Souvent, nous imaginons bien connaître nos sœurs et nos frères, mais on ne voit pas en eux la fille ou le fils que Dieu aime. On a de la misère à voir ce que Dieu fait en eux et encore plus de ce qu’il pourrait faire en eux.
Ne condamnons pas trop vite les gens de Nazareth. Nous pouvons à certains égards nous tromper et ressembler à cette foule mécontente. Nous pouvons être prompts, au moins en pensée, à mener une sœur ou un frère jusqu’à l’escarpement de la colline, une sœur et un frère qui pourrait ressembler étrangement à Jésus.
