Mgr J-C. Dufour-30 Septembre 2018-26e Dimanche Ordinaire « B » Marc 9, 38-43.45.47-48

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 30 Septembre 2018 – 26e Dimanche Ordinaire « B »  ( Marc 9, 38-43.45.47-48 )

Liturgie des Heures : semaine : II

 

Un évangile bouleversant !
Pas à cause de l’œil, de la main ou du pied qui scandalisent et qu’il faut arracher ou couper, mais pour une autre raison, présente dans la première lecture aussi, et qui est toujours d’actualité.

 

Jean, un des douze, n’en revient pas !
Il vient de voir quelqu’un qui chassait les démons sans mandat de Jésus. Un concurrent ! Au nom des apôtres, il veut que Jésus intervienne parce que ce sont eux les apôtres qui ont reçu ce pouvoir quand Jésus les a envoyés deux par deux, au-devant de lui, dans les villages où lui-même devait aller. Tentation du pouvoir et de l’exclusion qui est arrivée très tôt dans l’histoire de l’Église !

 

Sommes-nous si différents de Jean qui veut empêcher un étranger de chasser les esprits mauvais au nom de Jésus ?
Sommes-nous différents de Josué qui vient demander à Moïse d’arrêter les deux hommes qui prophétisent en dehors du camp ?

 

Depuis toujours et dans toutes les religions, on a toujours été tenté de dominer et d’exclure les autres.
Malheureusement, c’est toujours présent. On peut penser à ces juifs orthodoxes qui prétendent être les seuls propriétaires de la vérité, les seuls justes et qui rejettent tous ceux qui ne sont pas fidèles à la Loi de Moïse.
On peut penser à toutes ces castes qui existent en Inde, à l’intolérance portée à son comble par des fanatiques de l’Islam.
Il ne faut pas se méprendre, ça existe chez nous, dans notre propre religion. Il y a toujours des groupes dans l’Église qui prétendent être les seuls à avoir la vérité, que le pape fait erreur, que l’évêque se trompe. Ce n’est pas pour rien qu’il y a quelques années, le pape Jean-Paul II demandait pardon pour tant d’intolérance dans l’histoire de l’Église.

 

 « Ne l’empêchez pas », dit Jésus aux apôtres. « Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. » Ces mots de Jésus viennent toujours nous rejoindre aujourd’hui.

 

Comme Josué, dans la première lecture, comme Jean et les apôtres dans l’évangile, on veut souvent restreindre l’action de Dieu aux élus, aux personnes choisies, aux gens d’Église. On se doit de résister à cette tentation de réduire l’action de Dieu à nos rassemblements, à nos interventions pastorales parce que l’Esprit agit comme il le veut. Jésus le disait à Nicodème : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » (Jean 3,8)

 

L’Église est le lieu privilégié de l’Esprit, mais elle n’est pas la seule. Le pape Jean-Paul II le reconnaissait. Il y a quelques années, il convoquait à Assise une réunion de prières avec des représentants des grandes religions. Et puis, quand on voit, dans notre monde, des hommes et des femmes, croyants ou non, qui libèrent leurs frères et leurs sœurs, qui les remettent debout, qui font entendre la voix de l’amour, qui sont loin de l’intolérance, on peut dire que l’Esprit se manifeste à travers eux et que l’évangile est en marche. Comment pourrait-on croire qu’ils le font contre nous ?

 

Il nous faut accepter nous aussi d’avoir des surprises et même d’être bouleversés par des événements ou des personnes qui, à première vue, ne sont pas proches de nous et qui font du bien.
« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous », nous dit Jésus.
Jésus nous invite à nous ouvrir à la nouveauté et aux signes que l’Esprit nous fait aujourd’hui. Il nous invite au discernement et à porter un regard de foi sur les réalités qui nous entourent.

 

Il faut savoir nous réjouir du bien fait par les autres.
Dans la première lecture, Moïse se réjouit de voir que l’Esprit s’est manifesté en dehors du camp. Il constate que l’Esprit n’a pas de frontières et que dans son peuple, d’autres peuvent être porteurs de l’Esprit.
Ce serait donc beau si on pouvait en prendre conscience, nous aussi.

 

On peut voir que, dans notre monde, une foule d’êtres humains, croyants ou non, s’engagent sur des terrains à couleur d’évangile, comme la solidarité, le partage, la libération des opprimés, le soin des malades, le souci de l’environnement, et combien d’autres encore. Ils sont des nôtres, nous dit Jésus.
Réjouissons-nous de tout bien qui se fait dans notre monde aujourd’hui !