Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 30 Mars 2019
( Luc 18, 9-14 ) — Psaume 51 (50) )
« Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé »
J’ai choisi ce matin de m’arrêter un peu sur le psaume que nous venons de prier, un psaume qui est à la fois prière du pécheur et chant de miséricorde, un psaume qu’on attribue au roi David.
Vous vous rappelez que le roi David avait pris la femme d’Urie, un général de son armée, et qu’il avait couché avec elle. Plus encore, pour cacher sa faute, il fait tuer Urie en demandant qu’on le place au plus fort de la bataille. Le prophète Natân va rencontrer David pour lui dire qu’il a fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur en annonçant le malheur pour sa maison, David s’écrie :
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde. »
Je vous propose de relire ce psaume avec d’autres personnages bibliques. Par exemple Jonas !
Après avoir péché contre Dieu qui venait de l’envoyer en mission, commence alors pour lui toute une descente. Il descend d’abord dans la cale du bateau qu’il a pris pour fuir pour ensuite s’enfoncer dans le ventre d’un monstre marin. En réalité, c’est dans le plus profond de son être que Jonas est descendu. Alors lui aussi, dans des mots proches de ceux du psaume, il fait monter une prière vers son Dieu, une prière du pécheur et un chant de miséricorde :
« Il disait : Dans ma détresse, je crie vers le Seigneur, et lui me répond ; du ventre des enfers j’appelle : tu écoutes ma voix »… « Je suis descendu aux pays dont les verrous m’enfermaient pour toujours ; mais tu retires ma vie de la fausse, Seigneur mon Dieu. »… « Mais moi, au son de l’Action de grâce, je t’offrirai des sacrifices ; j’accomplirai les vœux que j’ai faits : au Seigneur appartient le salut. »
Même réalité encore pour le publicain de l’évangile : toujours prière du pécheur et chant de miséricorde.
Ce publicain qui a mauvaise réputation, c’est lui qui a le beau rôle dans la parabole de Jésus. Il se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis. » Et Jésus de déclarer en fin de parabole : « C’est lui qui est devenu un homme juste. » On se doit de comprendre que la manière dont Dieu regarde ses enfants est bien différente de la nôtre.
Et puis, il y a le bon larron crucifié à côté de Jésus.
Sa prière est toute simple : « Souviens-toi de moi » et Jésus de lui répondre : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. »
Rapidement, il a su reconnaître le Sauveur dans la figure de Jésus.
Saint Augustin, dans un de ses sermons, s’étonne de voir que le bon larron, qui était un mécréant, a mieux compris la bible que les docteurs de la Loi. Il va jusqu’à faire dire au bon larron : « Non, je n’avais jamais étudié les Écritures, mais quand Jésus m’a regardé sur la croix, j’ai tout compris dans son regard. »
On ne peut faire autrement que reconnaître Jésus dans le même psaume.
Lui, le Fils de Dieu, est descendu dans notre monde de misère jusqu’à prendre sur lui tous les moments de notre existence avec toutes nos bêtises. Il est descendu au plus profond de notre humanité pour nous annoncer la miséricorde de Dieu et nous relever avec lui dans la résurrection.
L’Église dont nous faisons partie s’approprie cette prière du psaume.
Quand on ouvre notre bréviaire, nous reprenons les mots de ce psaume en disant : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange » Ce psaume, on le retrouve à l’office du matin chaque vendredi. On le découvre encore dans la préparation pénitentielle quand nous chantons « Seigneur, prends pitié. »
Ce psaume qui est à la fois chant du pécheur et le chant de la miséricorde de Dieu, est une médiation profonde sur le péché et sur la grâce, sur la faute et l’action de grâce pour le pardon de notre Dieu.
