Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 30 janvier 2022 – 4e dimanche ordinaire – Luc 4, 21-30
J’ai toujours eu un petit faible pour le prophète Jérémie. Je n’ai jamais vraiment cherché pourquoi, mais aujourd’hui, je pense avoir trouvé la réponse :
il ressemble beaucoup à Jésus.
Dans la première lecture, parlant de lui-même Jérémie nous dit : « Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais; avant que tu viennes au monde, je t’ai consacré : je fais de toi un prophète pour les nations. »
On n’a pas trop de mal à dire la même chose de Jésus dont nous avons célébré la naissance merveilleuse, il n’y a pas si longtemps.
Lui aussi est né pour une mission toute spéciale.
En effet, dans l’Évangile aujourd’hui, Jésus, à l’aide d’un texte du prophète Isaïe, annonce un programme missionnaire.
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Comme Jérémie, il ne vient pas seulement pour les gens de son village, ni seulement pour son pays, mais pour les nations.
Ce n’est pas pour rien qu’il nomme Élie et Élysée.
Élie s’était réfugié chez une veuve étrangère de Sarepta du pays de Sion. Au temps du prophète Élysée, c’est Naaman, un syrien, qui avait été purifié de la lèpre. Comme ces grands prophètes, Jésus nous annonce que sa mission est aussi pour les autres nations.
Jérémie a fait face à l’adversité ; il a connu la persécution et le rejet.
« Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée… pour faire face à tout le pays. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. »
Jérémie préfigure vraiment Jésus, le Fils de Dieu.
Les gens de Nazareth s’étonnent du message de grâce qui sort de sa bouche.
Mais, peu à peu, au fil des minutes, la curiosité fait place à la colère. Sans attendre la fin de l’homélie, des auditeurs, et non des moindres, quittent la synagogue. A la sortie, les critiques fusent de toute part. Comment ose-t-il donner en exemple des étrangers ? C’est bien beau de s’occuper des pauvres, de faire voir les aveugles, de libérer les opprimés, mais il pourrait bien commencer chez nous. Et puis, à l’entendre parler, il y aurait même des saints parmi les païens…
Une grande partie de la ville le rejettent, refusent de croire en lui et s’apprêtent même à le lapider.
Cette adversité, ses disciples en ont fait l’expérience au fil des siècles.
Il n’y a pas longtemps, il y avait une affiche sur le tableau en haut disant que 350 millions de chrétiens étaient persécutés dans notre monde.
Tout comme Jésus, les personnes baptisées sont appelées, encore aujourd’hui, à persévérer dans sa mission évangélisatrice malgré les obstacles.
Mais il y a une parole de Jésus qui demeure pour nous réconfortante :
« Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». (Matthieu 28,20)
Saint Paul, dans la 2e lecture, nous rappelait que l’amour devait être toujours le premier, qu’il tenait la première place dans la mission de Jésus.
Tout au long de son ministère, Jésus ne fait que manifester l’amour du Père.
C’est la voie qu’il trace pour ceux et celles qui veulent marcher à sa suite.
Nous sommes invités à nous ouvrir à l’Esprit dans notre mission et cet Esprit est celui de l’amour. Parce que les disciples du Christ ont rencontré l’amour qui les sauve, ils s’engagent à leur tour à annoncer cette bonne nouvelle.
C’est dérangeant cet appel à l’amour qu’on trouve dans des textes d’Évangile qui nous disent, par exemple :
« Donne aussi ton gilet à celui qui te demande ton manteau »; « Si ton frère te demande pardon 7 fois dans la même journée, pardonnes-lui 7 fois. »; « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux sont qui sont persécutés pour la justice ! »
Il y a plein de phrases dérangeantes comme celles-là dans l’évangile.
Il y a quelqu’un qui disait : « Il y a quelque chose d’enrageant dans le Dieu de Jésus-Christ. »
Le Bon Dieu n’arrête pas de nous surprendre et de nous déconcerter encore aujourd’hui, c’est ça qui est extraordinaire.
Ça vient nous dire que le Bon Dieu ce n’est pas quelqu’un qu’on peut apprivoiser, mettre dans nos poches, manier à notre goût, faire à notre image.
Il ne sera jamais celui que nous imaginons. Il sera toujours différent des images que nous en faisons.
Aussi, je me dis que, quand on se rencontre comme aujourd’hui pour écouter la Parole, pour célébrer l’Eucharistie, pour prier ensemble, on vit un moment de grande grâce, un moment qui nous est donné pour qu’on apprenne à découvrir le bon Dieu comme Il est, pas comme on voudrait qu’il soit !
