Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 30 août 2020 – 22e dimanche ordinaire – Jérémie 20,7-9
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit; tu m’as saisi, et tu as réussi. » Beaucoup de prêtres ont utilisés ces mots du prophète Jérémie lors de leur anniversaire du sacerdoce pour faire faire l’histoire de leur vocation. J’imagine que ces mêmes paroles ont une résonance bien particulière dans votre cœur. On pourrait continuer à utiliser des mots de Jérémie : « Mais elle (la parole) était en moi comme une feu brûlant dans mon cœur; elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir ». Ce feu dévorant, c’est la présence de Dieu en nous. Il ne cesse pas de nous tendre la main, de nous inviter à entrer en relation avec Lui, d’entrer dans notre cœur, de vivre sous la conduite de son Esprit. Quelle est belle notre foi chrétienne! Elle nous révèle un Dieu qui non seulement nous a créés et s’intéresse à nous, mais un Dieu qui désire partager une grande amitié, une grande communion de cœur avec nous.
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit… elle était en moi comme un feu brûlant dans mon cœur. » Comment ne pas penser à tous ces visages, au sein de nos communautés, qui se sont laisser véritablement séduire par le Christ et qui n’ont d’autres désirs que d’annoncer cet amour autour d’eux. Vous ne pouvez pas savoir comment cela est stimulant, pour un pasteur, de pouvoir admirer et rendre grâce au Seigneur pour cet amour qui lie le croyant à son Sauveur. (Mon médecin)
Comment se laisser sans cesse séduire par le Seigneur ? Comment vivre un amour de plus en plus profond avec celui que l’on aime ? Il n’y a pas d’autres moyens que de passer du temps avec l’être aimé dans un inlassable cœur à cœur. Quelle joie pour des amoureux de pourvoir lire et relire ces lettres d’amours échangées. Quelle joie pour un chrétien de pouvoir lire et relire la Parole de Dieu contenue dans la Sainte Écriture et y découvrir tout cet amour de Dieu pour son peuple, pour chacun de nous. Quelle joie aussi que d’essayer de faire de ma propre vie une lettre d’amour adressée au Seigneur lui-même.
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit. »
Dès qu’on nous parle de séducteurs ou de séductrices, on se méfie: on est certain qu’ils vont se servir soit d’une belle promesse, d’argent, d’apparence, de beauté, pour nous embarquer dans une aventure qu’on n’a pas désiré; on est certain qu’ils vont nous jouer un bon tour, qu’il y a quelque part un gros risque.
Quand le prophète Jérémie nous dit qu’il a été séduit et qu’il s’est laissé séduire, ce n’est pas tout à fait ce sens-là qu’il donne à la séduction. Il fait un retour sur sa vie, et il réalise que les prophéties qu’il fait sont toujours des prophéties de malheur qui lui attirent des injures, des railleries et toute sorte de persécutions. A un moment donné, les gens vont l’enfermer dans une citerne. Il dit: « Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. » Il réalise que toute cela ne vient pas de lui, mais de Dieu.
Quand on regarde Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il a voulu séduire ses disciples dans le sens de les enjôler, de les tromper en leur faisant miroiter devant leurs yeux toutes sortes de merveilles: il dit que pour être disciple, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et le suivre. Lui-même doit monter à Jérusalem, souffrir, être tué et ressusciter le 3e jour: comme le prophète Jérémie, il a été séduit, une force irrésistible l’habite: les pensées de Dieu sont en lui et son but, c’est d’accomplir la volonté du Père même s’il lui faut aller jusqu’au don de sa vie.
Nous laisserons-nous séduire comme Jérémie, comme Jésus? La première condition pour y arriver, c’est d’entrer dans une autre manière de penser, celle de Dieu. Saint Paul était clair là-dessus : « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » On pourrait se demander si on n’a pas besoin de renouveler notre façon de penser et de chercher à connaître la volonté de Dieu.
Il y a une 2e condition. Dans son sens premier, séduire veut dire: « entraîner quelqu’un ailleurs », « emmener dans un autre lieu ». C’est ce que Jésus veut; il veut nous emmener ailleurs; nous entraîner dans le monde de l’amour total: vivre l’amour jusqu’au don de la vie; vivre de cet amour qui transforme les croix en puissance de vie; vivre de cet amour qui bouleverse ce qui nous semble être le destin.
En célébrant l’Eucharistie, nous faisons mémoire de la Pâques de Jésus, de la croix transformée en puissance de vie, d’un amour qui est allé jusqu’au don de la vie, d’une victoire qui nous atteint chacun et chacune d’entre nous. Puisse cette célébration nous faire dire : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit. »
