Mgr J-C. Dufour-3 mars 2019-8e Dimanche Ordinaire « C »-Luc 6, 39-45

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 3 Mars 2019 – 8e Dimanche Ordinaire « C » ( Luc 6, 39-45 )

Liturgie des Heures :  4e Semaine du temps Ordinaire

 

Ce serait tellement facile de le faire, mais je n’ai pas du tout envie de vous faire la morale à partir de l’évangile que nous venons d’écouter. J’ai bien plus le goût d’être fidèle à l’évangile qui est d’abord et avant tout une bonne nouvelle.

 

L’évangile que nous venons d’écouter suit immédiatement celui sur les béatitudes que nous avons entendues, il n’y a pas longtemps.
À partir de la paille et de la poutre, je pense que Jésus veut nous livrer, avant tout, une béatitude qui ressemblerait à ceci :
« Heureux vous qui avez un regard lumineux, vous connaîtrez la lumière sans fin. »
Si c’est Jésus que nous pouvons toujours reconnaître en premier dans les béatitudes, je pense que c’est encore lui qu’on peut reconnaître dans la béatitude du regard.
Le regard lumineux de Jésus, c’était sa marque de commerce !

 

Il avait un regard sans pareil, nous le savons!
Son premier regard dans l’évangile de Luc, porte sur les deux barques de ses futurs disciples alors que son dernier regard portera sur Pierre qui vient de le renier, un regard de pardon qui appelait à la conversion.
Pensons au regard de Jésus sur la veuve de Naïm, sur Zachée perché dans son arbre, sur Lévi à sa table d’impôt, sur les dix lépreux, sur la femme pécheresse pendant le souper chez Simon, le pharisien, sur la pauvre veuve qui verse deux piécettes dans le tronc du Temple.
Pensons au regard de Jésus quand il lève les yeux vers le ciel pour une prière avant la multiplication des pains, au regard de Jésus sur le paralysé qu’on descend devant lui, un regard qui voit plus loin que la paralysie.
Le regard de Jésus lui permettait de voir au-delà des apparences.

 

Il faut bien remarquer, dans l’évangile de ce matin, que Jésus s’adresse seulement à ses disciples, il veut les instruire parce que, bientôt, ils seront appelés à poursuivre son œuvre. Il veut leur donner l’intelligence du regard, un regard qui ressemble au sien.

 

La bonne marque d’un disciple, c’est quand on voit qu’il a le même regard que Jésus, éveillé à la beauté de l’autre.
Ça veut dire qu’il faut apprendre à convertir nos regards, à rompre avec nos tendances à faire porter sur les autres de lourds fardeaux qu’on n’est pas capables de porter nous-mêmes.

 

Si saint Luc a rappelé cet enseignement de Jésus, c’est sans doute parce qu’il avait déjà remarqué que les premières communautés chrétiennes ont expérimenté très vite la faiblesse du regard que les frères et les sœurs portaient les uns sur les autres. Elles avaient besoin de cet enseignement de Jésus comme nous en avons bien besoin encore aujourd’hui.

 

Il n’y a pas si longtemps, saint Marc nous a raconté la guérison d’un aveugle. À un moment donné, Jésus demande à cet aveugle :
« Aperçois-tu quelque chose? Levant les yeux, l’homme disait : « J’aperçois les gens, ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. »

 

On peut ressembler pas mal à cet aveugle. Nous regardons souvent les autres avec nos yeux embrouillés. Et ces mêmes yeux embrouillés nous empêchent de les voir vraiment, ne discernant que leurs faiblesses. Ça nous fait souffrir et ça fait souffrir ceux et celles qui nous entourent. Nous avons tendance à mettre la poutre dans les yeux de l’autre; Jésus, au contraire, nous incite à regarder la poutre qui est dans notre œil à nous. Ainsi, il nous invite à descendre au fond de nous-mêmes, à prendre conscience lucidement de nos limites et de nos faiblesses. C’est en le faisant que nous nous donnons la chance d’avoir le regard lumineux et mystérieux de Jésus.

 

Le Christ est toujours en train d’instruire ses disciples que nous sommes; pour notre bonheur et celui du monde.
Il nous apprend à regarder comme lui le fait.
C’est le premier ministère qu’il veut nous confier.
Il veut nous voir comme des lettres écrites de la main même de notre Dieu;
il veut que nos yeux lumineux arrivent à rendre compte de l’espérance qui nous habite.
Il nous appelle à offrir au monde un regard qui refuse de s’arrêter au superficiel, un regard qui déverse sur notre monde la lumière qui nous habite.

 

Comment pouvons-nous offrir un regard qui libère?
Comment pourrions-nous y arriver?
En contemplant le regard lumineux de Jésus sur nous, en le priant de nous libérer d’un regard qui emprisonne.
Le roi Salomon avait demandé à Dieu la sagesse, et sa demande avait plu à Dieu.
Pourquoi ne pas demander un autre trésor à Dieu, le don de son regard miséricordieux.
Nul doute que cette demande lui plaira !