Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 Février 2019 – 4e Dimanche Ordinaire « C » ( Psaume 70 )
Liturgie des Heures : 4e Semaine du temps Ordinaire
Les « Je », les « moi » et les « Tu » du psaume nous indique que le psaume est une prière personnelle, celle d’un vieillard qui médite sur sa vie.
« Tu m’as choisi dès le ventre de ma mère… Tu m’as instruit dès ma jeunesse… Tu as résolu de me sauver. » On sent que ce vieillard a essayé d’être fidèle au cours de sa vie et qu’il compte toujours sur Dieu à qui il dit : « Tu es mon espérance ! »
En réalité, cette prière, présentée comme celle d’un vieillard, est celle du peuple juif.
Quand les juifs priaient ce psaume dans la synagogue, ils pouvaient, comme le vieillard, repasser toute l’histoire sainte que Dieu avait faite avec eux.
Il les avait choisis ! Il les avait secourus de l’esclavage, de l’exil, de la guerre et de la famine. Il les avait instruits par des prophètes ! Il avait voulu qu’ils soient, comme peuple, ses témoins parmi les nations !
« Jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles. »
Ce psaume pourrait bien nous permettre de méditer sur l’histoire de l’Église, cette Église que Dieu a choisie pour en faire un peuple nouveau, cette Église qui a souffert des persécutions et qui en souffre encore, cette Église que Dieu accompagne depuis plus de 2000 ans, cette Église qui voit en Dieu son rocher, sa forteresse, cette Église qui, malgré toutes ses misères actuelles, continue de voir en Dieu son espérance, son secours, sa justice, cette Église appelée à être témoin du Christ au milieu des nations.
Imaginez Jésus, dans la synagogue de son village, prier ce psaume avec Marie, Joseph et ses concitoyens. Il y a des paroles qui ont dû résonner drôlement dans son cœur.
« Tu m’as choisi dès le ventre de la mère. »
Pensons à l’annonciation, aux événements qui ont entouré sa naissance, pensons à tout ce qui faisait, qu’enfant encore, on le reconnaissait comme quelqu’un qui venait de Dieu, se révélant comme un Père qui l’aimait lors de son baptême par Jean-Baptiste.
« J’ai proclamé tes merveilles. »
C’est toute sa vie, le cœur de sa mission. Il passait de village en village multipliant les pardons et les guérisons pour annoncer la Bonne Nouvelle, proclamer que le Royaume de Dieu était déjà arrivé.
« Garde-moi d’être humilié… libère-moi… sauve-moi… sois le rocher qui m’accueille. »
Je pense à ces moments où Jésus se retirait dans le désert pour prier, à la prière qu’il avait enseignée à ses apôtres, à leur demande, à sa prière déchirante au jardin des Oliviers. « Dans ta justice, défends-moi, libère-moi… sauve moi. »
Pensons à ses souffrances des derniers jours, à sa mort sur une croix, et au matin de sa résurrection qui vient nous confirmer que le Père avait entendu sa prière.
Nous aussi, avec les paroles du psaume, nous pouvons revoir les événements qui ont jalonné notre vie : « tu m’as choisie »
Pensons à notre naissance, à notre baptême, à notre choix de vie. Tu as été mon soutien depuis ma jeunesse ; pendant toute ma vie, j’ai vu en toi mon refuge, mon rocher, c’est pourquoi je t’ai toujours demandé de tendre l’oreille pour que tu me défendes, que tu me libères, que tu me sauves.
On sent que ce vieillard qui s’adresse à Dieu s’émerveille devant lui comme pour lui dire : « Qui est comme toi ? »
Tu es le rocher qui m’accueille, « Tu as résolu de me sauver. »
On comprend qu’il puisse dire : « Seigneur, mon Dieu, tu es mon espérance .»
Ce vieillard nous invite à communier à son espérance, il ne voit pas sa jeunesse derrière lui, mais devant lui, parce qu’elle s’enracine dans une vie qui vient de Dieu.
Puisqu’il nous a choisis et créés par amour, puisqu’il nous a accompagnés pendant toute notre vie, comment Dieu pourrait-il nous abandonner à la fin de notre vie ?
Elle est belle et profonde la foi du vieillard. Il nous laisse entendre que le projet de Dieu n’a jamais été de créer un homme mortel, que la résurrection de Jésus et la nôtre faisait partie du projet initial du créateur.
Aussi, quand on a une foi pareille, je comprends que le vieillard, malgré les situations les plus éprouvantes, aie le goût de rendre grâce comme nous le faisons en ce moment en célébrant l’eucharistie.
