Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 avril 2020 – Jean 10,31-42
« De nouveau, des juifs prirent des pierres pour lapider Jésus ». C’est la guerre, tout un conflit entre Jésus et les Juifs ! Pourtant, Jésus fait preuve de beaucoup de patience avec eux, d’une patience qui ne peut s’enraciner que dans un amour très profond. Il les invite tout simplement à réfléchir sur leur contradiction : d’un côté, ils reconnaissent qu’il fait des œuvres bonnes, et puis, d’un autre côté, ils veulent le lapider.
C’est une grosse contradiction parce que, si Jésus mentait, s’il exagérait en revendiquant le titre de Fils de Dieu, il ne serait pas en mesure de faire des œuvres bonnes, c’est bien évident, parce que Dieu n’a pas l’habitude de coopérer avec les blasphémateurs. Mais, au contraire, si Jésus fait des œuvres bonnes, ça veut dire qu’il a les faveurs de Dieu et qu’on devrait le croire quand il nous dit quelque chose de son identité.
Et puis, ce que dit Jésus, ne devait pas les choquer autant eux qui connaissent la bible presque par cœur. Jésus prend soin de le rappeler : « N’est-il pas écrit dans votre Loi « j’ai dit, vous êtes des dieux. » Jésus fait référence au psaume 81, verset 6 : « Je l’ai dit : Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! » Même à l’époque de Jésus, les érudits juifs appliquaient à tout le peuple, à tous ceux à qui la parole de Dieu s’adressait cette expression.
Puis, après avoir fait preuve d’une grande patience, voici que Jésus, avec une profonde humilité, et poussé par le souci de sauver ceux que le Père lui a confiés, s’efface encore un peu plus. Il consent même à ce que les Juifs ne croient pas en lui, en les exhortant à « croire au moins les œuvres », c’est-à-dire à reconnaître que Dieu est à l’œuvre en lui et à travers lui.
Malgré tout cela, malgré la patience de Jésus, malgré sa profonde humilité, rien ne réussit à faire changer l’attitude des Juifs qui cherchent de nouveau à l’arrêter.
Nous sommes à la fin de la cinquième semaine du Carême, au seuil de la semaine sainte. Plus Jésus se révèle comme le consacré, l’envoyé de Dieu, plus on veut le lapider. L’opposition des Juifs est de plus en plus marquante. Jésus est à la porte de Jérusalem où il sera loué comme fils de David, mais aussi crucifié.
C’est justement au moment où il vit un moment difficile que Jésus revient au lieu de son baptême par Jean. Un grand contraste apparaît : celui de l’incrédulité et la foi de ceux qui voient en lui celui qui vient accomplir les paroles de Jean-Baptiste. Ces deux contrastes nous accompagneront pendant la semaine sainte : la Croix sera le signe de la révélation suprême d’un Dieu qui est amour, mais elle sera « scandale pour les juifs et folie pour les païens ».
