Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 Août 2019
( Matthieu 14, 1-12 )
Saint Matthieu vient de nous raconter comment Jean-Baptiste a été mis à mort pour le roi Hérode. Aussi, en parlant de Jean-Baptiste, le pape Benoît disait qu’il était un martyr de la vérité. C’est déjà une invitation qui nous est faite d’être, nous aussi, des témoins de la vérité.
Suite à des lectures pour préparer mon homélie de ce matin, j’ai découvert une autre vérité que je vous partage.
En nous racontant la mort Jean-Baptiste, il est étonnant de constater que Saint Matthieu n’accuse pas trop vite. Finement, il attire notre attention sur ce qu’on appelle aujourd’hui les circonstances atténuantes.
Si Hérode a plié à la demande d’Hérodiade, c’est parce qu’il ne voulait pas perdre la face devant ses convives à cause de son serment ; même chose pour la fille d’Hérodiade, si elle demande la tête de Jean-Baptiste c’est parce qu’elle a été endoctrinée par sa mère.
Finement, comme pour ne pas nous effaroucher, Matthieu nous appelle à ne pas entrer dans une dynamique de haine, ce qu’on peut avoir bien du mal à faire parfois devant les atrocités de notre monde.
Suite à saint Matthieu, Saint Jean Chrysostome écrivait : « Ne haïssons pas les méchants, ne critiquons pas les fautes des voisins, cachons-les aussi discrètement que possible. »
C’est une vraie petite perle évangélique que Matthieu nous offre ce matin en nous invitant à ne pas condamner trop vite et en nous appelant à fuir la haine.
En novembre 2015, en moins d’une heure, 90 personnes sont tuées dans une salle de spectacle à Paris par un commando terroriste. Un journaliste (Antoine Leiris) avait perdu son épouse à ce moment-là écrit ceci :
« Vendredi soir, vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine… Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. » Le texte ajoute : « nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. »
Jean-Baptiste a été un martyr de la vérité.
Cet appel à fuir la haine que Matthieu nous adresse subtilement est aussi une vérité qu’on ne peut pas cacher, qu’on ne peut pas taire.
Mais comment pouvons-nous y donner des suites.
En ouvrant l’année de la miséricorde, le pape François nous indiquait une piste en nous invitant « à faire de nos milieux des îlots de miséricorde dans une mer d’indifférence. »
Parlant de l’exécution de Jean-Baptiste par le roi Hérode, saint Jean Chrysostome écrivait :
« Dieu n’a pas lancé sa foudre. Il n’a pas ordonné à la terre de s’entrouvrir pour y engloutir les convives hideux. Dieu a préféré donner une belle couronne au juste et laissait une magnifique consolation à ceux qui dans l’avenir seraient victimes de pareilles injustices. »
