Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 29 Juin 2019 – Saints Pierre et Paul
( Matthieu 16, 13-20 )
Le plus vieux dans une famille a toujours un rôle un peu spécial à donner, donner l’exemple aux plus jeunes, et parfois les rassurer en prenant des décisions.
On peut considérer saint Pierre et saint Paul pour les plus vieux de la famille, comme des grands frères pour nous, les croyants et les croyantes. Le Seigneur a fait de Pierre le chef de son Église et de Paul un missionnaire incomparable.
La mort et la résurrection de Jésus a tout changé dans leur vie, ce qui fait qu’ils s’engagent résolument dans la mission de faire connaître le salut de Dieu au monde.
Saint Bernard demandait de rendre hommage « à nos illustres maîtres et martyrs, flambeaux placés par Dieu dans le corps de son Église. »
Il m’est revenu en commençant à préparer mon homélie une affirmation que saint Paul faisait aux Corinthiens en leur disant que le Seigneur lui avait parlé pour lui dire : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. » (2 Cor. 12,09)
C’est bien ce qu’on voit chez ces deux flambeaux de l’Église.
Dans la première lecture tantôt, on voyait Pierre faire une expérience déroutante.
Après avoir suscité d’admiration, conquis des foules par ses miracles, alors que tout semblait lui réussir, que rien ne semblait lui résister, Pierre se trouve soudainement privé de toute puissance. Il est jeté en prison. Abandonné de tous, gardé par des soldats, comment peut-il prendre le chemin pour annoncer Dieu. Et voilà que ses chaînes tombes, que les portes s’ouvrent. Il prend conscience de ce qui vient de lui arriver. Il dit : « Je me rends compte maintenant que le Seigneur a envoyé son ange » pour me libérer.
La deuxième lecture nous montre que le chemin de Paul n’a pas été différent.
Plein de fougue, dévoré par le zèle de la Parole de Dieu, arrive pour lui un moment où ce n’est plus en prêchant sur tous les chemins du monde, en séduisant des foules pleines d’admiration, mais derrière les barreaux d’une prison, abandonné de tous lui aussi.
Il va saisir lui aussi une bien drôle de manière que Jésus a de bâtir son Église.
Ce n’est pas lorsqu’ils remportaient de belles victoires, pas quand ils étaient louangés par les foules que ces deux grands martyrs sont devenus les pierres vivantes de l’Église.
C’est du fond de leur prison, alors qu’ils ne pouvaient plus rien, sinon « prier le Maître de la moisson » qu’ils sont devenus les rochers de l’Église du Christ.
Nous vivons à un moment où tout semble s’effondrer.
Comme Pierre et Paul, c’est dans l’épreuve du doute, de la solitude, de l’abandon, dans l’épreuve du rapetissement que nous découvrons que notre foi, que notre Église ne sont pas fondées sur l’art de la parole ou de la discussion, sur notre capacité de séduire, sur la renommée, sur des merveilles qui suscitent l’enthousiasme.
Comme disait le Christ à Paul : «Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse », dans la folie de la croix.
Comme Pierre et Paul, c’est au cœur même de nos faiblesses que nous sommes appelés à devenir des piliers de la foi. Ce n’est plus dans les cellules de prisons mais on au fond de nos cœurs que nous vivons l’expérience de Pierre et Paul. C’set au milieu de nos sentiments d’échec que Jésus nous fait comprendre que son chemin n’est pas le langage de la « sagesse mais celui de la folie de la croix.
Il a fallu le reniement de Pierre et la folie de Paul à détruire les chrétiens pour les transformer en pierres vivantes.
C’est en étant « saisis par le Christ » qu’il faut vivre les heures difficiles que nous traversons.
Plus nous entrerons dans l’eucharistie, plus nous deviendrons nous-mêmes eucharistie et nous permettrons à la foi de ne pas avoir dit son dernier mot.
