Mgr J-C. Dufour-29 juillet 2019 – Sainte Marthe – Luc10, 38-42

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 29 Juillet 2019 – Sainte Marthe

( Luc 10, 38-42 )

 

Comme l’avant-dernier dimanche, on se retrouve devant ces deux sœurs qu’on connaît bien, Marthe et Marie.
C’est donc facile de les opposer. Si on est sensible aux besoins matériels immédiats, on se range du côté de Marthe et on critique Marie ; si, au contraire, on est plus sensible aux besoins spirituels, on se range du côté de Marie et on critique Marthe.

 

À ce moment-là, on risque de bien mal comprendre les mots que Jésus adresse à Marthe en lui disant : « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »
On risque de comprendre que Jésus arbitre entre les deux sœurs, qu’il se range du côté de Marie, en oubliant le repas que Marthe est en train de préparer et qu’il sera bien content de manger.
Mais Jésus est bien loin de dénigrer Marthe, lui qui nous invitait à une charité active quand il nous disait que c’est en faisant la volonté de son Père qu’on entrera dans le Royaume des Cieux.
Saint Paul admirait les Thessaloniciens quand il leur disait : « Nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine… » (1 Thes 1,3)

 

Si Jésus se permet de reprendre Marthe, ce n’est pas parce qu’elle agit, mais parce qu’elle s’agite. « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. »
Agir, ça ne veut pas dire s’agiter ! Ne rien faire, ça ne veut pas dire prier. Prenons le temps de regarder celle que nous fêtons aujourd’hui, Sainte Marthe.

Marthe est accaparée par les multiples tâches du service jusqu’au point de protester contre sa sœur qui la laisse seule faire le service.

Absorbée par ses tâches, Marthe limite son regard à ce qu’elle doit faire; elle en arrive à oublier pourquoi elle sert et qui elle veut servir. Quand on perd le sens de notre travail, le sens de nos services, ce n’est pas long qu’on se sente submergé par l’ampleur de notre travail et qu’on arrive à se décourager.

En oubliant la raison de son service qui est son amour de Jésus, Marthe s’agite et manifeste sa mauvaise humeur, et par voie de conséquence, c’est la chicane qui s’installe entre deux sœurs qui devraient être unies. Plus encore, Marthe perd la joie et la paix intérieure.

 

En nous racontant cette scène d’évangile, Saint Luc ne veut pas nous tracer un portrait de la personne active et de la personne contemplative ; il veut encore moins les opposer. Il veut attirer notre attention et même nous mettre en garde contre une perte de sens. Si notre travail ou nos services ne se situent pas dans l’amour, ils deviennent un esclavage dont il faut se libérer.

 

C’est un énorme service que Jésus vient nous rendre. Il vient nous éclairer et même nous libérer.
Si la prière se vit en dehors de l’amour, elle perd son sens.
Si le travail ou le service se vivent en dehors de l’amour, il perd aussi son sens.
Mais si le travail ou le service et si la prière se vivent, à la fois, comme une mise en œuvre de la charité, ils deviennent l’un et l’autre une manière bien spéciale d’être unie non seulement à Dieu, mais aussi aux personnes qui nous entourent.