Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 29 décembre 2019 – Sainte Famille – Matthieu 2,13-15.19-23
Savez qui est à l’origine du culte de la Sainte Famille ? Un saint de chez nous, Saint François de Laval. Plus tard, ce culte s’est répandu dans l’Église universelle au XIX siècle avec le pape Léon XXIII.
On peut bien dire que les familles heureuses n’ont pas d’histoire, que les jeunes croient toujours à l’amour et au mariage, mais à côté de ces faits qu’on ne peut pas nier, il faut bien reconnaître que la fête d’aujourd’hui se célèbre dans un climat où on parle de familles nouvelles, séparées, divisées, reconstituées. La fête de la Sainte Famille peut-elle éclairer la situation de la famille d’aujourd’hui ou des communautés ? Je pense que c’est ça la vraie question qu’il faut se poser.
La première chose que l’Évangile d’aujourd’hui vient nous dire, c’est que la vie de la Sainte Famille n’a pas été la vie facile, la vie en rose qu’on imagine trop souvent quand on pense à elle. « Hérode va rechercher l’enfant pour le faire mourir ». Joseph se sauve en pleine nuit en Égypte. Il a peur de revenir en Judée. On peut penser à la fugue de Jésus à l’âge de 12 ans, qui avaient rempli ses parents d’inquiétude. La Sainte Famille n’a pas toujours connu la vie facile.
On voit aussi dans l’Évangile d’aujourd’hui comment la famille de Jésus est constamment renvoyée à des réalités plus grandes qu’elle.
Elle n’est pas repliée sur elle-même, mais elle cherche à faire la volonté du Père dont Jésus est le Fils. À 12 ans, Jésus dira à ses parents qui viennent de le retrouver : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ». C’est quelque chose la confiance de Marie et de Joseph à la volonté de Dieu. Ce sont les mots « que tout m’advienne selon ta parole » qui se continuent. La famille chrétienne est sûrement appelée aujourd’hui encore à s’ouvrir à la volonté de Dieu, à la chercher, et puis à le traduire le plus concrètement possible.
La famille de Jésus a souvent aussi été confrontée à une autre réalité plus grande qu’elle qu’on pourrait appeler « la famille de la Parole », c.-à-d., la famille de ceux et celles qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique. À plusieurs occasions, les textes d’Évangile nous parlent de tiraillement dans la parenté de Jésus qui était invité à passer des liens basés sur une parenté de sang à des liens qui se fondent sur une parenté spirituelle. Jésus l’avait dit : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». Je pense bien que, quand nous nous rencontrons, comme aujourd’hui pour écouter la Parole de Dieu, c’est, pour nos familles, un appel à découvrir d’autres liens de solidarité, ceux qui s’enracinent dans la Parole de Dieu, de découvrir une famille plus large, une Église, qui est aussi, à sa manière, la Sainte Famille de Jésus.
À l’image de la Sainte Famille, nous avons à devenir et être une sorte de « laboratoire de la charité ». Si Jésus a beaucoup donné à ses parents ; il a beaucoup reçu d’eux aussi ! Dans une famille, souvent le MOI trop individuel doit faire place au NOUS des personnes. C’est une invitation à quitter une mentalité trop individualiste pour accorder une juste place à la dimension sociale, communautaire. Juste ça, ça a beaucoup de conséquences pour l’avenir de notre société, de notre Église.
Quand j’étais aumônier d’école, j’avais demandé à un jeune, après les vacances de Noël, comment il avait vécu le temps des Fêtes. Et il m’avait répondu : « mon père m’a donné un ski-doo pour Noël, mais moi, ce n’était pas ce que je voulais, je voulais qu’il m’aime ». Dans notre monde, on est souvent porté à tout miser sur l’avoir, la richesse, la propriété. Tentée de tout miser sur l’avoir, la famille a besoin de redécouvrir l’importance des personnes, d’être en quête du sens des choses.
Le récit d’Évangile que nous avons entendu ne parlait pas de vie facile ; mais d’une vie plutôt mouvementée : « Lève-toi, va-t’en en Égypte ». « Lève-toi, retourne chez vous ». Joseph a peur d’emmener sa famille en Judée. Pourtant, il y a une paix incroyable qui se dégage de ce récit, pas un mot de critique ou de contrariété. C’est, je pense, ce que nous pourrions demander à la Sainte Famille : les secrets de sa paix et sa confiance en Dieu qui permettra à nos familles de faire face à toutes sortes de situations.
