Mgr J-C. Dufour- 28 juin 2020 – 13e dimanche ordinaire – Matthieu 10, 37-42

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 28 juin 2020 – 13e dimanche ordinaire – Matthieu 10, 37-42

 

Il y a quelqu’un qui a écrit : « Si j’avais à écrire un livre de morale, il aurait cent pages ; 99 seraient blanches et sur la dernière, j’écrirais : « Je ne connais qu’un seul devoir : et c’est celui d’aimer. » (Albert Camus) Il me semble qu’il n’est pas très loin de l’évangile qu’on vient d’entendre.

On sait comment l’Évangile accorde beaucoup d’importance aux personnes. Jésus nous dit que chaque personne vaut la peine que le berger quitte son troupeau pour partir à sa recherche, que chaque personne est comme cette pièce de monnaie que la maîtresse de maison cherchera désespérément, que chaque personne trouver auprès du père l’accueil qu’a reçu l’enfant prodigue.

Et pourtant, nous vivons dans un monde où la culture du « Moi » a pris beaucoup d’importance, dans un monde où la recherche suprême consiste à « s’épanouir ». Après une publicité télévisée sur un produit miracle pour aider à maigrir, une mère de famille déclarait : « Ma priorité, c’est de m’occuper de moi, puis après, de ma famille. »

Quel contraste avec la parole de Jésus qui vient de nous dire : « celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » ! C’est une parole choquante, dérangeante ! Pas étonnant que l’évangile éloigne tous ceux qui prônent la culture du « Moi » !

Nous savons bien que pour faire partie d’une équipe sportive, il faut faire preuve d’endurance, d’esprit d’équipe, de compétition.  Pour obtenir un emploi, il faut présenter son CV, dire notre expérience dans un domaine, décrire nos niveaux d’études, nos qualifications. Jésus aussi a des exigences pour ses disciples. Pourtant, parmi ses apôtres, il n’y avait pas de vedettes, de personnes de haut rang, de diplômés d’université. On le sait très bien ! Les critères de Jésus ne sont pas dans le savoir, dans le pouvoir ou dans le paraître. Ils sont dans le cœur !  Pour qu’un disciple soit digne de lui, Jésus exige une chose : l’adhésion du cœur, un don total, une remise confiante entre ses mains.

Il y a un psychanalyste français qui disait que « le plus court chemin pour aller vers soi-même, c’est l’autre ».  C’est ce que Jésus nous dit ! Le plus sûr moyen de s’épanouir, c’est d’aller vers l’autre. La meilleure façon de trouver la vie, la joie, l’épanouissement, c’est d’aller vers l’autre.

«  Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ». On a souvent un problème avec cette phrase. On est tellement habitué de calculer qu’on s’imagine que Jésus parle de la quantité de l’amour, qu’il faut l’aimer lui à 100 % et les autres un peu moins. Mais aimer Jésus, ça ne veut pas dire aimer moins ses proches ! Ça contredirait cet évangile où il nous dit : « J’étais nu et vous m’avez habillé, j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais en prison et vous êtes venus me visiter… »  L’amour dont Jésus nous parle, ce n’est pas une question de quantité ! C’est une question de priorité. Ce n’est pas pareil !

Mais donner priorité à Jésus dans l’amour, qu’est-ce que ça veut dire ?  C’est le cas de la jeune fille qui résiste à ses parents qui lui conseillent de se faire avorter. C’est le cas du jeune homme qui marche pour être prêtre malgré les moqueries de ses amis et de ses propres parents.  C’est le cas de la jeune fille qui quitte son copain qui se moque d’elle parce qu’elle vient de s’acheter une bible. C’est ça que ça veut dire donner priorité à Jésus.  Ça veut dire lui donner la première place dans nos choix.

L’évangile nous invite à accueillir le Christ, à le suivre avec nos croix, à l’aimer, à être dignes de lui. Le pape Paul VI a écrit une belle page sur cet évangile, il dit :

« Je n’en finirais jamais de parler de Jésus qui est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il nous connaît et nous aime ; il est le compagnon et l’ami de notre vie, l’homme de la douleur et de l’espérance ; c’est lui qui doit venir. Il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est « le chemin, la vérité et la vie ». Il est le pain, la source d’eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. Comme nous et plus que nous, il a été petit, pauvre, humilié, travailleur, opprimé, souffrant. C’est pour nous qu’il a parlé, accompli ses miracles, fondé un royaume nouveau où les pauvres sont bienheu­reux, où la paix est le principe de la vie commune, où ceux qui ont le cœur pur et ceux qui pleurent sont relevés et consolés, où les affamés de justice sont rassasiés, où les pécheurs peuvent obtenir le pardon, où tous découvrent qu’ils sont frères. »