Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 juillet 2019 -17e dimanche ordinaire «C» ( Luc 11,1-13 )
Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine I
Un petit garçon de 7 ans a écrit : « Mon Dieu, si tu me donnes une lampe Aladin avec le génie, je vais te donner tout ce que tu veux, excepté mon argent et mon ordinateur. »
Je ne suis pas sûr que le Bon Dieu va l’écouter, mais je suis sûr qu’il a encore besoin d’apprendre à prier, comme le disciple de l’évangile !
À n’en pas douter, c’est une prière que nous pouvons adresser au Seigneur aujourd’hui : « Seigneur, apprends-nous à prier. »
Jésus aurait pu se contenter de donner en exemple la belle prière d’Abraham de la 1e lecture, prière que les disciples connaissaient sans doute. Abraham jase avec le Bon Dieu comme si c’était un ami. On a l’impression qu’il fait du commerce avec son Dieu pour faire baisser les prix afin d’obtenir la grâce de Sodome et Gomorrhe. Il a toute la chance de son côté puisque Dieu nous paraît fragile, prêt à se laisser fléchir.
Mais Jésus choisit d’enseigner une autre prière à ses disciples, le Notre Père ! Une prière qu’on peut dire pour obtenir une faveur comme Abraham parce que nous savons qu’il est prêt à se laisser fléchir.
Mais cette prière, on l’oublie trop souvent, est aussi une Parole de Dieu.
Abraham parlait avec le Bon Dieu comme si c’était un ami et Dieu lui répond.
Ainsi, la prière devient comme un rendez-vous avec le Bon Dieu. On lui parle comme on le fait avec un ami et il faut prendre aussi le temps de l’écouter parce que lui aussi veut nous dire quelque chose.
La première chose que Dieu nous dit dans cette prière, c’est qui il est, un Dieu tout-puissant, oui, mais tout-puissant dans sa réalité de Père, tout-puissant dans son amour, ce qui le rend bien fragile et vulnérable.
Nous savons que Jésus vivait une intimité très profonde avec son Père, une intimité tellement profonde qu’il était comme rongé par un désir violent de nous le faire connaître, de nous faire partager son intimité, de nous le faire aimer comme lui l’aimait : « Que ton nom soit sanctifié, que ton nom de Père soit reconnu comme saint… Que ton règne de Père vienne… sur notre monde. »
Le Notre Père vient sans cesse nous rappeler que nous sommes tous les enfants d’un même Père, frères et sœurs en Jésus Christ. Il y a là un appel à creuser la fraternité et surtout de l’actualiser dans notre vie, dans celle de notre communauté, de l’Église et du monde.
On sait comment Jésus a mis toute sa confiance en son Père, comment il s’est abandonné à sa volonté. En nous apprenant à prier, il nous invite à placer nous aussi notre confiance en Dieu en lui disant :
« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »,
pas juste le pain de la table, mais aussi le pain qui rassasie notre faim d’amour, notre faim de paix, de communion, de bonheur, notre désir de faire ta volonté… un pain à partager avec nos frères et nos sœurs….
« Pardonne-nous nos offenses ».
Quand nous gaspillons ton héritage à la manière de l’enfant prodigue, quand nous avons du mal à te reconnaître comme un Père, à reconnaître les autres comme nos sœurs et nos frères comme le fils aîné de la parabole. Nous savons comment tu es un Dieu qui pardonne, comment tu es fragile, vulnérable, prêt à te laisser fléchir.
« Ne nous laisse pas entrer en tentation »,
celles que Jésus a connues au désert : la tentation de l’avoir, du pouvoir et surtout celle de vouloir réussir notre vie en dehors de toi.
Dans l’évangile, Jésus affirme que Dieu connaît mieux que nous ce dont nous avons besoin, et pourtant il nous dit :
« Demandez et vous recevrez, frappez et on vous ouvrira ».
Pourquoi prier Dieu s’il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin ? Je dirais, bien simplement, pour qu’on creuse nos vrais désirs !
Quand on arrive à creuser nos vrais désirs, nous apprenons à devenir comme Jésus et à agir comme lui !
On demande, mais on ne se contente pas de demander !
On demande que son règne vienne, et on travaille pour son règne arrive !
On demande le pardon, et on travaille pour la paix, pour la réconciliation !
On demande la liberté, et on cherche à libérer.
N’oublions jamais que le « Notre Père » est une prière que nous adressons à Dieu plusieurs fois par jour, mais aussi une prière que Dieu nous fait pour qu’on apprenne à devenir de plus en plus ses enfants.
