Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 février 2020 – Matthieu 9,14-15
Nous venons tout juste de célébrer le mercredi des cendres. En nous parlant du jeûne, de la prière et de l’aumône, Jésus nous avait invité à la discrétion. On voit bien que ce que compte le plus à ses yeux, ce n’est pas l’acte lui-même, mais la manière dont nous les accomplissons. On aurait beau jeûner, se priver de nourriture, si en même temps nos journées sont remplies de paroles de divisions et de préjugés, le jeûne vaut-il encore quelque chose aux yeux du Seigneur. Même chose quand nous accomplissons un acte de culte ou de prière. Si notre cœur est rempli de ressentiment envers quelqu’un, tous ces beaux gestes perdent de leur valeur à cause de ce qui habite notre cœur.
C’est un peu la même chose qu’on trouve dans l’évangile. On attaque les disciples de Jésus qui ne jeûnaient pas contrairement aux pharisiens et aux disciples de Jean-Baptiste. Au fond, c’est Jésus qu’on attaquait. Plus tard, Matthieu nous dira : « Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” Mais la sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait. » (Matthieu 11,19)
Mais Jésus fait valoir que les disciples ont raison de ne pas jeûner. Pourquoi? Parce que l’époux est avec eux. C’est le temps de la noce. C’est le temps d’accorder notre cœur à la nouveauté introduite par la présence de l’époux. Jésus est l’époux de son Église naissante. Celle qui est en train de se former ne peut jeûner en sa présence, elle le fera plus tard lorsqu’il aura quitté notre monde.
Pourtant, il y a un jeûne qu’on peut faire qui rend les gestes de Jésus présents et Jésus lui-même, des gestes qui transforment notre vie quotidienne en temps de noces. Le prophète Isaïe nous les décrivait dans la première lecture.
« N’est-ce pas ceci: » défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? N’est-ce pas partager le pain avec l’affamé, héberger chez soi les pauvres sans abri, si nous voyons un homme nu, le vêtir, ne pas nous dérober devant celui qui est notre propre chair? » (Is 58, 6-7).
Et ça se poursuivra demain. Ce que le Seigneur nous demande, c’est un jeûne de miséricorde, c’est un appel à être témoins de la miséricorde, signes de la présence de Dieu et de son pardon, signes que le Royaume de Dieu est là. C’est le temps de sortir du « geste accusateur, de la parole malfaisante », pour pénétrer le cœur de l’Évangile, pour être à l’écoute de Celui qui vient nous visiter au cœur de notre humanité, pour que notre vie soit ce pain partagé et donné pour que l’autre vive. C’est ça le jeûne qui plait au Seigneur.
