Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 27 septembre 2022 – Saint Vincent de Paul – Luc 9, 51-56
Nous sommes souvent comme les messagers qui font face au village de Samaritains.
Nous pouvons, comme Jacques et Jean, préférer le langage du pouvoir, de la force, avec le goût de tout détruire, plutôt que de nous placer, avec un « visage déterminé », sous la conduite de l’Esprit qui est patience, douceur, harmonie.
Nous savons tout cela, mais le mettre en pratique c’est une autre chose.
Nous fêtons aujourd’hui Saint Vincent de Paul qui, le visage déterminé lui aussi, et sous la conduite de l’Esprit, s’est manifesté par une vie donnée à Dieu et aux pauvres. On le décrit comme un géant de la charité, il a frappé ses contemporains par son humilité et sa douceur.
Dans nos paroisses, il existe des conférences St Vincent de Paul. Je connais des membres qui, chaque semaine, donnent de leur temps pour venir en aide aux pauvres.
Prions pour eux, qu’ils s’appuient toujours sur St Vincent pour y découvrir la source de leurs actions.
Saint Luc commence en nous disant : « Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel ».
Jésus entreprend son dernier voyage vers Jérusalem ; il sait ce qui l’attend ; il marche vers sa Pâque. Saint Luc nous dit qu’il entreprend ce voyage « Le visage déterminé ».
Pour préparer sa venue, il envoie des messagers devant lui. Ils entrent dans un village de Samaritains qui refusent de recevoir Jésus parce qu’il marche vers Jérusalem. Les messagers sont déçus. Jacques et Jean souhaitent qu’un feu tombe du ciel et les détruise. Mais Jésus les réprimande ; il refuse cette manière de faire comme s’il voulait leur faire comprendre une autre fois : « ne rendez pas le mal pour le mal ».
Le pape François n’utilise pas un autre langage quand il dit : « La guerre n’est pas la réponse dont l’humanité a besoin. C’est une folie dont nous n’avons pas encore appris la leçon. »
Toujours dans le même sens, saint Paul nous dit dans l’épître aux Galates : « Mais si vous vous mordez et vous vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire. » (Gal. 5,15)
À partir d’un évangile en apparence tout simple, Jésus nous propose de prendre une nouvelle route avec lui. Il nous invite à prendre avec lui sur la route de Jérusalem « le visage déterminé ».
La route de Jésus passe par une contrée hostile, une terre rébarbative comme celle que nous rencontrons souvent. Et il la fait « le visage déterminé ».
Pour suivre Jésus, il faut le courage de refuser avec détermination tout ce qui nous invite à écraser l’autre, toute forme de violence.
Suivre Jésus, c’est tracer une croix sur toute forme de violence.
Il nous redit que le feu de la charité, de la compassion, de la solidarité sont les uniques vainqueurs de ceux qui font violence au nom de Dieu, de ceux qui optent pour la destruction, la haine et la violence.
C’est comme si Jésus remettait devant nos yeux la question que Dieu adressait à Caïn : « qu’as-tu fait de ton frère ? »
Jésus a refusé toute forme de violence jusqu’à la fin. Au moment de son arrestation, il dit au disciple qui avait tranché l’oreille d’un serviteur du grand-prêtre, « Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. »
Il nous fait comprendre qu’il n’y a pas d’autres manières de faire Pâques qu’en prenant le chemin de la réconciliation.
