Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 27 Octobre 2019 – -30e dimanche ordinaire «C» ( Luc 18,9-14 )
Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine II
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier », comme nous aujourd’hui.
Le Seigneur a entendu la prière du publicain, pas celle du pharisien, ça nous dérange un peu. Il me semble que ça vaut la peine de nous laisser interroger et même déranger par l’Évangile sur la qualité de notre prière.
Disons tout de suite que les deux hommes font une belle prière; le pharisien, une prière d’action de grâce, le publicain, une prière de supplication.
Quelle place faisons-nous à la prière d’action de grâce dans notre vie de tous les jours?
Sommes-nous capables de prière aussi humble que celle du publicain?
Disons encore que les deux hommes, dans leur prière, disent la vérité.
Quand il dit qu’il n’est pas voleur, ni injuste, ni adultère, qu’il jeûne deux fois par semaine, qu’il verse sa contribution au Temple, le pharisien dit la vérité. C’est un homme de bonne réputation, qui donne l’exemple. Jésus d’ailleurs ne l’accuse pas d’être hypocrite ou menteur.
Le publicain lui aussi dit la vérité quand il se reconnaît pécheur. Les publicains, c’étaient des personnes qui collectaient les impôts pour les romains.
Pouvaient-ils ramasser les impôts pour leurs ennemis sans tricher un peu?
Pouvaient-ils manipuler autant d’argent sans être un peu voleur? Pouvaient-ils être en contact avec des païens sans se souiller un peu?
On les considérait comme des pécheurs publics; il y avait sans doute des bonnes raisons pour ça?
Mais si les deux hommes qui sont en prière disent la vérité sur leur vie, c’est quoi le problème?
Le pharisien, ce n’est pas le bon Dieu qu’il admire dans sa prière. C’est lui-même qu’il admire : « Mon Dieu, merci d’être ce que je suis ». Je suis tellement bon que tu n’as plus rien à changer en moi! Je n’ai pas besoin de toi, je me suis réussi tout seul. Non seulement il oublie son Dieu mais il en arrive à mépriser les autres qui ne sont pas aussi bons que lui.
Le publicain, lui, ne fait pas son éloge, mais l’éloge de son Dieu. Il connaît assez l’amour paternel de son Dieu pour lui demander de lui ouvrir son cœur et de l’accueillir tel qu’il est. Il admire assez la bonté et la miséricorde de son Dieu pour espérer être pardonné. Il attend tout de Dieu.
Vous l’avez remarqué, il n’a même pas l’idée de se comparer aux autres; il doit même penser que ceux et celles qui l’entourent sont bien meilleurs que lui.
Notre prière ressemble-t-elle à celle du Pharisien? Ne répondez pas Non trop vite!
Quand on fait le bilan de notre vie chrétienne, de nos prières, de nos heures d’adoration, de nos dons de charité, on court un grand risque : celui de dire merci au Seigneur
parce qu’on mène une bonne vie,
parce qu’on est bien chanceux de ne pas être comme cet homme ou cette femme qui n’a pas réussi son mariage,
comme cet autre qui est passé en cour pour vol,
comme ce jeune qui a l’air d’un vaurien,
comme cette personne qui est prise dans un problème d’alcool ou de drogue,
comme l’autre qui est sur le BS.
Notre prière ressemble-t-elle à celle du publicain?
Il ne faut pas répondre Oui trop vite. Nous arrive-t-il de pouvoir dire : « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis! »
Sommes-nous capables de reconnaître nos limites et nos pauvretés,
de prendre conscience de toutes ces ombres qui nous habitent,
de notre besoin de pardon.
Nous arrive-t-il dans notre prière de faire l’éloge de notre Dieu en reconnaissant qu’il pose sur nous un regard plein d’amour et de miséricorde.
Je pense bien que notre prière, c’est un peu celle du pharisien et un peu celle du publicain.
L’Évangile nous dit que c’est la prière du publicain qui a été écouté! Pourquoi?
parce qu’il a su ajuster son cœur au cœur de Dieu qui est un cœur de miséricorde.
Je pense bien que c’est ça la vraie prière : nous ajuster au cœur de Dieu.
Je me disais, en préparant mon homélie que la prière officielle de l’Église : les psaumes, les prières eucharistiques pouvaient beaucoup nous aider à apprendre à prier comme le publicain, à nous ajuster au cœur de Dieu. Même le psaume de ce matin chante : « Un pauvre crie; le Seigneur entend. »
Apprendre à regarder les autres comme Dieu a regardé le publicain de l’évangile.
Regarder les autres d’une manière différente, aller au delà des apparences, découvrir dans l’autre ce qui fait qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu, voir dans l’autre un fils ou une fille de Dieu, une facette de l’image du Père, quelqu’un qui est aimé de Dieu et capable d’aimer Dieu.
Ce serait déjà une belle façon d’être missionnaire
